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Mercredi 23 novembre 2005

LE HAVRE, DERNIER VILLAGE GAULOIS ?

 

Ouverte sur les vents de l’Atlantique, cité abritant l’un des plus importants ports industriels de la façade atlantique française, la Ville de Havre va-t-elle devenir, au fil des programmes européens, l’un des derniers villages-vestiges gaulois, abandonné des grandes autoroutes maritimes, et parent pauvre des financements communautaires, par simple manque de prospective un peu concrète -ou de volonté des acteurs économiques et territoriaux-?

 

Les exemples de cette autarcie, qu’on croirait voulue et orchestrée par les pouvoirs locaux, atteints du syndrome « seuls contre tous », ne manquent pas.

 

Port « payeur », pour n’avoir pas été « anticipateur » ou « participateur »

 

D’abord, les installations portuaires. En 1999 s’organise le réseau européen « Eco-Port », qui rassemble 13 ports européens dans un financement DG Recherche, puis INTERREG (4,2 M d’€), en faveur de l’environnement dans les ports. Amsterdam, Anvers, Hambourg, Barcelone, les ports britanniques, sont les premiers au rendez-vous de ces échanges d’expériences qui débouchent, en 2004, sur des moyens et méthodes de préservation de l’environnement, tout en développant la compétitivité des activités portuaires. Les ports français demeurent aux abonnés absents…

 

Le réseau Eco-Ports, afin de poursuivre sa route et ses initiatives, se transforme en Eco-Net, et passe définitivement sous la responsabilité de la DG Regio, pour une première période 2004-2006, avec un financement complémentaire de 700 000 € pour ses seules dépenses de fonctionnement. Le port de Marseille se met au diapason, et devient partenaire de la Fondation Ecoports, notamment en accueillant la prochaine conférence Ecoports en mars 2005. Mieux vaut tard que jamais…

 

Pendant ce temps, le port du Havre se félicite d’avoir obtenu un financement LIFE sur sa plate-forme informatisée e-coport, qui facilite le transfert des conteneurs, et la programmation de la gestion des déchets de navires. Une subvention de 526 000 € sur la seule et unique période 2001-2003, pour un projet qui, au fond, se résume à un logiciel informatique, et ne brille pas par une volonté trans-européenne de partenariat

 

Question installation portuaire, on ne semble donc s’intéresser, au Havre, qu’aux projets qui ne mobilisent pas d’acteurs trop extérieurs, qui ne permettent pas les échanges européens, et qui, au fond, ne concernent qu’une toute petite partie d’une efficacité économique à très court terme.

 

L’environnement, pour les autorités portuaires, serait même plutôt vécu comme une contrainte style Natura 2000, qui oblige le port à s’acquitter de 45 M d’€ d’investissement pour des reposoirs à oiseaux, des vasières, etc. Il faut dire qu’on ne parle pas, dans ce cas, de développement durable de manière constructive, mais d’obéissance à une Directive sous peine d’amende. Un avant-goût de ce que risque de coûter la Directive sur l’Eau (DCE) dans le port, ou la Directive REACH pour les industriels chimiques de la plaque portuaire.

 

Des autorités portuaires auxquelles, finalement, on n’ose même pas parler de taux d’actualisation différenciés, selon les scénarios du Plan versus développement durable, ou « d’externalisation des coûts externes de l’environnement », exercices auxquels sont aujourd’hui rompus leurs concurrents britanniques ou danois. Barricadés dans leur village gaulois, les dirigeants du Port préfèrent sans doute subir d’inévitables TGAP, d’insurmontables éco-taxes, ou d’irrépressibles couloirs maritimes qui éviteront définitivement le Havre dans quelques années.

 

L’anticipation n’aurait-elle pas pu s’appuyer, pour une fois, sur la qualité environnementale, comme l’ISO 14 000 dont se prévaut aujourd’hui la plate-forme multimodale du port de Southampton ? Le partenariat n’aurait-il pas pu s’ancrer sur une responsabilité sociale d’entreprise, mâtinée Aarhus, qui aurait eu l’avantage de faire participer les ouvriers portuaires de manière constructive et partagée ?

 

« Nous sommes ici par la volonté du traditionalisme, et nous y resterons par la force de l’immobilisme »… Un credo portuaire qui ne peut que conforter les autorités bruxelloises dans leur volonté de « fluidiser » le trafic des marchandises, c’est-à-dire en « ghettoisant » très naturellement les plaques portuaires engoncées dans leur absence d’initiatives durables.

 

Une ville aux fantasmes pharaoniques, sans dynamismes concrets

 

La ville du Havre n’a rien à envier aux lourdeurs ancestrales de son port. Classée en « objectif 2 » européen, elle bénéficie d’un PIC (Programme d’Initiative Communautaire) URBAN II, qui ne récompense en aucune façon ses projets novateurs, mais simplement son PIB local calamiteux.

 

Si la Ville est loin d’être seule responsable de ce relatif déclin économique, elle ne se distingue pas, pour autant, par son entregent européen.

 

Alors que Le Havre aurait pu s’inscrire tout à fait légitimement dans un programme de financement comme NEW EPOC ( Renewing Economic Prosperity for pOrt Cities), dans lequel s’est glissé Cherbourg, la collectivité préfère s’engager dans des chimères dispendieuses, comme le futur Centre de la Mer et du développement durable (une bagatelle de quelques millions d’€ pour l’avant-projet de l’architecte Jean Nouvel), en occultant le fait, du haut de 110 mètres de poutrelles métalliques, qu’on était au siècle de la HQE, et que 50 éoliennes sur un mât perchées, ça fait surtout du bruit et des tensions mécaniques inutiles, à défaut de faire de l’énergie efficace. Sur ce sujet, ne jetons pas la pierre à la seule ville du Havre : la Chambre de Commerce, paradant sur ses nouvelles façades, a sans doute oublié que l’ère post-gauloise avait intégré la HQE dans des cahiers des charges très concrets, et non à l’état de vœux pieux..

 

Ce projet NEW EPOC est pourtant géré par Southampton, ville jumelée avec Le Havre depuis plusieurs années. On savait déjà que ce jumelage était resté lettre morte dans le projet d’Agenda 21 local de la Ville, qui n’a sans doute pas jugé bon de traverser la Manche pour voir les résultats de Southampton dans ce domaine, avec 10 ans d’expérience à la clé. On constate donc, aussi, que sur les projets européens, l’autarcie havraise creuse un grand vide partenarial, que le tourisme « industrialo-portuaire » n’a certainement aucune chance de combler…

 

Qu’à cela ne tienne : d’après ses élus, le Havre mérite bien un classement –très aléatoire dans son résultat- au Patrimoine mondial de l’Humanité, labellisé UNESCO. Et nous revoilà en autarcie- land, financement d’études en prime pour les bourses havraises… Pendant ce temps, la CCI n’hésite pas à prêcher, pour les PME-PMI locales, des calculs serrés de taux de rentabilité, tout en les exhortant à participer à des salons nationaux et internationaux, sous le vent d’hypothétiques exportations.

 

Pourtant, et pourtant encore… son inscription (quasi obligée) au programme communautaire URBAN II, aurait pu inciter le Havre à « aller voir » dans les arcanes de ce type d’initiative, avec des sous-programmes du genre URBACT, qui propose notamment des actions co-financées pour la réhabilitation de quartiers sensibles, l’animation des villes (City@move, etc.), les financements de services locaux (ECO FIN NET), etc.

 

Pas de trace de notre « capitale » normande dans ces partenariats, et pas plus de délégués havrais dans le « réseau des villes de l’arc Atlantique », un projet made in INTERREG III (encore une possibilité de cofinancement sans doute oubliée dans le puits sans fond de la future alimentation géothermique du Fort de Ste Adresse…). Nantes, Rennes, Caen et St Nazaire sont depuis plusieurs mois dans ce club de villes, qui propose d’ailleurs à Nantes, en mars 2005, un colloque européen sur « les projets culturels dans les friches portuaires ».

 

Seulement, voilà, comme son nom l’indique, INTERREG, c’est d’abord un programme basé sur des partenariats entre villes, c’est-à-dire sur une collaboration construite et partagée.

 

Le Havre aurait-il, encore une fois, décidé de jouer « cavalier seul » ?

 

Une stratégie qui risque aussi de lui faire perdre, pour les prochaines années, les bénéfices potentiels des futures «  capitales européennes de la culture ». Avec Cork cette année, et Liverpool en 2008, pourra-t-on espérer que les touristes traverseront la Manche pour venir s’esbaudir le long des Docks, ou profiter des festivités du Casino ?

 

Le pari est pour le moins risqué, surtout si le Havre reste dans son fief retranché, avec pour seule ambition de devenir une « ville mémoriale », qui pourrait bientôt être aussi un mémorial de ce qu’il ne fallait pas faire dans une perspective européenne…

 

En tout cas, avec leur programme de développement durable, le personnel des ouvriers portuaires, appuyé par l’association PCDDEI (Plate Forme Communication Développement Durable et Ecologie Industrielle) a décidé que le Havre, leur ville, ne devait pas devenir dans quelques décennies, un village gaulois retranché, par manque d’écoute, manque d’ambition, et manque d’enthousiasme.

Jean-Marc LEFEVRE

Président de la PCDDEI

Par LEFEVRE
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Mercredi 23 novembre 2005

LES USA ONT-ILS BESOIN DE KYOTO ?

 

(Chapô)

Avec 25% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, les USA, aux côtés de l’Australie, font figure de « mauvais élèves » de la Kyoto Académie. Fustigés par les ONG de tous poils, ils annoncent pourtant un ambitieux plan économique et scientifique de réduction de leurs rejets. Effet d’annonce ou libéralisme astucieusement pensé ?>

(Intro)

Buenos-Aires, le retour ? 7 ans après la Quatrième Conférence des Parties, les gouvernements mondiaux se sont retrouvés dans la capitale argentine pour envisager la toute proche entrée en vigueur du Protocole de Kyoto, le 16 février 2005, et faire le point des progrès accomplis.

Comme lors de la « version 1 » au même lieu, les USA arrivent sans signature, mais avec des déclarations d’envergure, et un plan post-Kyoto, le « Climate Vision », qui semble essentiellement crédible par les dollars qu’il mobilise. Mais c’est au fond le moteur propre qui manquait peut-être à des accords indispensables, et un peu essoufflés.

Un plan national…planétaire ....

En 1997, les USA avaient annoncé à Buenos-Aires une découverte, fort à propos, d’immenses gisements de CO2 « stockés » sur le territoire américain, dans les forêts, dans les parcs nationaux, et même dans les couches géologiques profondes. Colère des ONG, fureur des pays européens qui avaient déjà fort à faire pour se mettre d’accord entre eux, pataugeant allègrement dans leur « Bulle ». Il n’empêche : les USA ont continué leur chemin, en particulier sur les puits de carbone, qu’ils ont réussi à officialiser en  juin 2003, avec le Forum international sur la séquestration du carbone (CSLF), qui a aussi séduit 15 Etats de l’UE (dont la France). Il ne s’agit plus vraiment de comptabiliser les hectares de forêts, mais principalement de stocker le gaz carbonique à la source, en provenance d’industriels ou de grandes cogénérations, en le « piégeant » dans des cavités salines, des puits de pétrole en fin d’exploitation, ou dans des mines désaffectées.

Le charbon est aussi un des grands enjeux des USA, qui détiennent aujourd’hui 22,9% des réserves mondiales (36, 2% pour l’Asie) : il était donc tout à fait normal que l’un des grands programmes « anti-effet de serre » soit le « FutureGen », annoncé en 2002, c’est-à-dire la production combinée d’électricité et d’hydrogène à partir du charbon, avec séquestration du CO2 produit, ou transformation en CO2 super-critique (un excellent solvant). 1 milliard de $ sur 10 ans, (financés pour moitié par le gouvernement américain) voilà de quoi intéresser les pays fortement dépendants de cette ressource primaire... surtout s’ils sont dans le groupe des pays moins avancés, bénéficiaires potentiels de MDP (Mécanismes de Développement Propre) ! Même si la séquestration du carbone n’entre pas encore officiellement dans ces mécanismes de flexibilité, l’un des objectifs des USA à Buenos-Aires est bien de les faire intégrer dans cette nouvelle comptabilité mondiale. Autant de crédits qui viendront s’engranger directement sur le sol américain, au nom de la solidarité globale sur la réduction de l’effet de serre.

En parallèle de FutureGen, on trouve aussi l’une des priorités américaines : l’hydrogène, et ses applications dans le transport routier. C’est le programme « Freedom Cars », qui a pour ambition de généraliser les piles à combustible pour tous les véhicules de série, en particulier les camions, d’ici 2020. Economies estimées : 500 millions de tonnes de CO2 par an, pour les seuls Etats-Unis, qui ont réussi, sur ce coup-là, à obtenir l’adhésion de la plupart des pays industriels.

L’agriculture sommée de réduire ses émissions

En février 2002, c’était le Département américain de l’Agriculture qui passait sous les fourches de la réduction des gaz à effet de serre. Objectif : 12 millions de tonnes-équivalent carbone économisées d’ici 2012, en particulier avec des programmes volontaristes de préservation des forêts, mais aussi la mise en place de « méthaniseurs » pour les déchets agricoles, des reboisements intensifs (notamment dans les zones protégées), et des méthodes très pédagogiques destinées aux exploitations agricoles, pour leur permettre une valorisation financière de leurs taux de séquestration. Pas de doute, les USA jouent massivement le LULUCF (Land Use, Land Use Conservation and Forestry), ce mécanisme de développement propre imaginé à l’origine pour préserver la forêt amazonienne…

Les universités au service de l’industrie et du climat

Dès juin 2001, le Président Bush a mis l’accent sur la nécessité d’accroître le potentiel de recherches appliquées dans le domaine de l’effet de serre. L’Initiative de recherche en matière de changements climatiques (CCRI), qui vise à la fois à mieux quantifier les sources et puits de carbone, mais aussi à modéliser les variations climatiques, bénéfice d’une dotation de 237 millions de $ en 2005, soit 40% de plus que l’année précédente. Une opération qui s’intègre dans le « Plan décennal de recherche scientifique et stratégique -CCSP-», annoncé en juillet 2003 par les ministres de l’économie et du commerce, pour guider les travaux fondamentaux sur la climatologie, plan lui-même financé à hauteur de 2 milliards de $.

Dans la recherche scientifique, il est bon aussi de prendre de la hauteur : c’est pourquoi, dans toutes ces initiatives, les USA n’oublient pas les travaux d’observation de la Terre, avec un système intégré mondial, annoncé en juillet 2003 sous le parrainage…des Etats-Unis ! 51 pays, et l’UE participent activement à ce programme GEO (Group of Earth Observatory), qui doit fédérer les initiatives éparses, pour disposer d’un véritable système d’anticipation des évènements climatiques. Si on veut croire au Père Noël, on peut toujours espérer que les satellites nécessaires seront lancés par notre très européenne Ariane…

Prière de ne pas chercher sans trouver : le plan de recherche scientifique est supervisé par un « comité interministériel sur l’intégration des sciences relatives aux changements climatiques », qui attend de ces travaux à la fois des brevets rapidement commercialisables, mais aussi une base scientifiques solide pour les prises de décisions nationales et internationales.

Du méthane pour le marché

Très loin des expériences françaises de « méthane à la ferme » (qui essaient aujourd’hui de retrouver un nouveau souffle ), l’Agence américaine de l’Environnement a lancé en juillet 2004, une vaste opération, « Methane to market » visant à valoriser le biogaz des décharges, et des exploitations minières. L’Agence prévoit ainsi de récupérer 14 milliards de m3 de méthane par an (50 millions de tonne équivalent-carbone) jusqu’en 2015.  Ce nouveau programme donnera aussi des bases plus industrielles à la précédente initiative Agstar de 1994, réservée à la valorisation du biogaz d’origine agricole, qui permet quand même, bon an mal an, de produire 30 millions de KWh, surtout depuis sa reconnaissance officielle par le Rural Investment Act.

9 autres pays se sont joints aux USA en novembre 2004, pour ce partenariat original, dont l’Australie, la Chine, l’Angleterre, l’Ukraine, le Japon, l’Italie. A priori, la France n’est pas encore dans le tour de table, qui bénéficie pourtant d’une mise de fonds substantielle des américains de 53 millions de $. Un peu de mal à digérer nos anciens méthaniseurs de Valorga à Amiens ?

Les industriels, champions des accords volontaires

« Réduire de 18% nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2012, sans entraver notre économie » : le message du Président Bush était, l’an dernier, on ne peut plus clair.

Sans chercher à recourir à des simili-« plans d’allocation des quotas » (exercice ministériel qui a mobilisé un maximum d’énergies européennes depuis bientôt 2 ans), les USA préfèrent chouchouter leurs industriels, et les aider dans des accords volontaires, plus significatifs de leurs activités, et surtout plus lisibles dans les partenariats internationaux. C’est ainsi qu’a été créé, en février 2003, le groupe « Climate Vision » (Voluntary  Innovative Sector Initiatives :Opportunities Now !), qui rassemble plusieurs centaines de grands industriels, appartenant à 12 secteurs responsables de 45% des émissions américaines de gaz à effet de serre ( automobile, aluminium, ciments, pétrole, chimie, etc.).

Le « Climate Vision » rassemble en fait et fédère une grande partie des initiatives du « Climate Leaders », consortium créé par l’Agence américaine de l’environnement, qui encourage les entreprises dans leurs stratégies de réduction des gaz à effet de serre. Au hit-parade des « Climate Leaders », on retrouve bien sûr General Motors, BP, Pfizer, IBM, etc. Au total 58 des plus gros industriels du pays, qui se sont engagés à économiser 7,5 millions de tonnes-équivalent carbone par an (soit la consommation d’environ 5 millions de véhicules), et à rendre publics leurs résultats. On n’est finalement pas si loin de la philosophie de Kyoto…même si ces industriels ne font qu’agréger sous un même « parapluie » (Climate Leaders Umbrella -ne pas confondre avec le « groupe de l’ombrelle » des négociations climat), des actions déjà largement éprouvées, comme les labels énergétiques (Energy Star, Gas Star), l’utilisation d’énergies renouvelables (Green Power), ou la réduction et la valorisation des déchets.

Un budget à la hauteur des ambitions

Il ne suffit pas d’annoncer, il faut aussi investir. Si, pendant ce temps, la France cherche à rationaliser le budget de l’ADEME, les USA prévoient la bagatelle de 5,8 milliards de $ en 2005 pour l’ensemble des actions liées aux changements climatiques (soit 14% de plus qu’en 2004). Sans compter des incitations fiscales (4,1 milliards de $ pour les industriels utilisant des énergies renouvelables -véhicules hybrides, panneaux solaires, cogénération, etc.). Dans cette abondante manne financière, le soutien aux pays en développement ne compte que pour 0,5% du total : charité bien ordonnée commence par soi-même…Pour les pays en développement, le GEF (Global Environmental Fund), et la Banque Mondiale ont bien des idées en réserve, d’autant plus que la contribution américaine à ces mécanismes internationaux va atteindre 107 millions de $ en 2005 - dont un tiers pour le « rattrapage » des sommes non versées  ! -

Des financiers très concernés

Les principaux investisseurs américains, réunis régulièrement par l’association CERES (Coalition for Environmental Responsible Economies), ont clairement analysé depuis plusieurs années les risques financiers liés au changement climatique :

- les catastrophes naturelles dues au climat ont coûté 55 milliards de $ en 2003, et devraient atteindre 150 milliards par an dans dix ans. En résumé, le risque actuariel des changements climatiques est aujourd’hui supérieur à celui des cours du change boursier.

- toutes les actions visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre auront des impacts économiques importants, en particulier pour les compagnies énergétiques, et le secteur automobile ; le respect du Protocole de Kyoto, sans une contre-offensive gouvernementale efficace, risque de faire baisser de 10 à 35 % la valeur en capital de certaines entreprises.

- le risque juridique devient très important : ainsi, l’an dernier, l’Attorney général de New-York a condamné 5 des plus grandes compagnies électriques du pays (dont American Electric Power), pour de trop fortes émissions de gaz à effet de serre. Les industriels vont devoir affronter des procès du genre « amiante » ou « tabac ».

- le risque d’une « régulation agressive » par le Protocole de Kyoto peut amener une forme de suspicion internationale pour les pays ou les entreprises qui ne s’y conformeraient pas

Bref, autant d’inquiétudes qui ont conduit ces grands industriels, appuyés par les principaux fonds de pension, à se prononcer en faveur d’une réduction des gaz à effet de serre, mais en utilisant tous les mécanismes financiers à leur disposition. En novembre 2003, s’est tenu à New-York, le premier Sommet des Investisseurs Institutionnels sur les changements climatiques, sou l’égide des Nations-Unies.  De nombreux Etats, dont la Californie, l’Oregon, le Massachussets, ont participé à ce mouvement, qui s’est traduit, en juillet 2004, par la sortie d’un ouvrage très opératoire : « Le Guide des Investisseurs contre les changements climatiques ». Sans compter un véritable partenariat au quotidien, avec le Réseau des investisseurs américains, l’INCR (Investor Network on Climate Risk), adoubé par Goldman Sachs et l’Union des Banques Suisses. Quand l’argent parle, le climat devient tout de suite plus sérieux…   

Les villes américaines en première ligne

Le gouvernement Bush peut aussi compter sur une mobilisation déjà ancienne des grandes villes américaines dans la lutte contre l’effet de serre. Depuis 1993, plus de 250 d’entre elles (dont Chicago, San Francisco, Minneapolis), ont engagé un vaste programme de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre : c’est la campagne « Cities for Climate Protection », (CCP), appuyée par l’ICLEI (International Council for Local Environmental Initiative).

Avec le soutien de grandes universités, comme Berkeley, les maires américains se sont lancés dans des actions « durables », comme la mise en place de piles à combustible, l’achat de véhicules au biodiesel, la construction de bâtiments Haute Qualité Environnementale, le chauffage urbain, le co-financement d’opérations sur les économies d’énergie, etc. En octobre 2003, 155 maires de la campagne CCP se sont mobilisés pour signer un engagement commun, en vue du vote sénatorial sur l’effet de serre. Même si celui-ci n’a pas eu le succès escompté, les participants du CCP n’en démordent pas, et viennent de lancer « l’Energy Independance Day », sur une idée originale des villes de l’Alaska, réunies autour d’un « pow-wow » spécial climat en avril 2004.

Au-delà de cet aspect festif, qui n’est pas sans rappeler les fameuses « ONG-Parties » des conférences internationales, le mouvement des « villes pour le climat » a aussi un côté très pragmatique : aujourd’hui, plus de 500 villes dans le monde ont adhéré à l’initiative de l’ICLEI, en Asie, en Australie, en Amérique du Sud, et représentent au total 8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. En Europe, les villes anglaises, finlandaises et allemandes ont rejoint le CCP, et bénéficient ainsi du logiciel de calcul local des permis d’émission, commercialisé par le consultant canadien Torrie Smith.

(Conclusion)

Si les Etats-Unis détiennent le record des « fossiles du jour », ironiques récompenses des ONG à Buenos-Aires, leurs multiples initiatives depuis quelques années, en faveur du climat, ne sont plus du domaine des plaisanteries de salon, ni des excuses de bon aloi. Vu les sommes engagées, leurs programmes scientifiques et techniques, auxquels les pays européens n’ont finalement qu’à souscrire pour être dans la course, on peut finalement se demander si une signature supplémentaire du Protocole de Kyoto est bien nécessaire. Prochaine étape : 2012, post-Kyoto, avec les nouveaux seuils d’émission. Un marché que le Chicago Climate Exchange (CCX), première bourse américaine d’échanges de permis d’émission, a déjà anticipé en ouvrant, en septembre dernier, sa succursale européenne. «  Vaste marché de liquidités », affirme Richard Sandor, créateur du CCX, qui estime que la signature de Poutine offre un espace de jeu pan-européen tout à fait intéressant…

Par LEFEVRE
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Mercredi 23 novembre 2005

L’éthique des fonds islamiques

 

Dr Abdelaziz HIMACH, sociologue

 

Conseil scientifique PCDDEI

 

(Chapô)

 

Le développement des fonds islamiques n’est pas nouveau, en particulier depuis 1976, avec le ‘ nouveau siècle » (Hijra) du calendrier musulman. Mais le vrai phénomène de société est aujourd’hui l’arrivée des « fonds éthiques » sur ce marché, suivant les lois de la Chari’a, ponctuée par les « fatwas » de religieux diplômés de Harvard, qui en assurent la légitimité.

 

(Intro)

 

On connaissait depuis déjà plusieurs années les « fonds islamiques », portés par les grandes fortunes des Emirats.  Un marché de plus de 230 milliards de $, établi dans 80 pays, et coté depuis 2002 au Dow Jones international, grâce à l’appui de la Banque du Koweït, tout comme au FTSE Global Islamic Index Series, créé spécialement pour l’occasion. Même le Fonds Mondial International s’est mis aux fonds islamiques en 1998, en préconisant des modes d’intervention financière pour l’économie des pays islamiques.

 

Mais, en fait, entre des fonds islamiques qui se doivent de respecter la Chari’a, et des fonds éthiques du même genre, il n’y avait qu’un pas, franchi en juin 1986…aux USA par le North American Islamic Trust, destiné au départ à financer des mosquées pour la communauté immigrée.

 

L’émergence des fonds éthiques islamiques

 

C’est donc à la fin des années 90 que les fonds islamiques « éthiques » ont connu leur première véritable croissance. Passant de 29 fonds spécifiques en 1996 (pour un montant de 800 millions de $), ils se diversifient aujourd’hui en plus d’une centaine de fonds, pour un total de 5 milliards de $ en cotation. Même s’ils ne représentent, pour l’instant, qu’une « niche de marché », selon les analystes financiers, leur nombre double tous les ans depuis 1995.

 

D’une manière générale, les fonds islamiques « classiques » interdisent tout investissement dans les secteurs du tabac, de l’alcool, des jeux de hasard, de l’armement, et du commerce du porc. Par contre, ce qui est plus spécifique, c’est leur impossibilité, au nom des principes du Coran, d’investir dans des opérations uniquement spéculatives (« Riba »), en particulier basées sur les taux de change, ou les pratiques d’usure. En fait, un respect éthique que l’on trouve aussi dans les fonds religieux américains, comme l’Amy Domini, qui sert souvent d’exemple d’investissement éthique

 

Mais cette interdiction n’exclut pas les intérêts financiers, pour autant que les fonds islamiques prévoient un partage et des compensations équitables entre les risques et profits (“mudharabah”) et un mode participatif de gestion (« musharaka »). Une analyse  confortée, en 1997, par ‘Ibn Rushd, autorisant, au nom de la Charia, les intérêts financiers des placements, dans ces conditions compatibles avec les lois du Coran.  Finalement, l’intérêt affiché des fonds éthiques islamiques est qu’ils permettent d’investir « sans risques », dans des valeurs partagées, accessibles aux musulmans comme aux non-musulmans.

 

Quelques précisions de spécialistes américains sur les fonds islamiques

 

Le Pr Mahmoud El-Gamal, professeur d’économie américain (et depuis juin 2004, conseiller officiel du Trésor américain pour les fonds islamiques), explique que “si l’adjectif « islamique » confère à ces fonds une différence naturelle, leur part « financière » repose sur les mêmes critères que tous les modes d’investissements traditionnels ».

 

L’impossibilité de spéculer de manière « artificielle » permet à ces investissements islamiques d’éviter, par exemple, les catastrophes du style Enron, qui relèvent, selon le Professeur El-Gamal, d’une “dynamique d’inconstance”.  Il est toutefois bon de souligner que l’entreprise Enron était cotée, avant sa chute, au Dow Jones des fonds islamiques.

 

Le Pr El-Gamal conclut : « Finalement, il n’y a pas vraiment de « marché distinct » des fonds islamiques. Simplement, les lois de la Char’ia imposent une sécurité supplémentaire -et préalable-aux investissements, pour éviter des catastrophes financières, ou des spéculations hasardeuses et contraires aux lois de l’éthique en général ».

 

La frontière entre « fonds islamiques « classiques » et « fonds éthiques » islamiques est donc très étroite, et sans doute sujette à bien des interprétations. Tout au moins peut-on reconnaître que la classification « éthique » permet à ces modes d’investissement d’acquérir une certaine forme de « moralité » dont les banques du Moyen-Orient ou de l’Asie avaient bien besoin en ces temps de djiahd trop médiatisé.

 

Diversification des fonds éthiques islamiques

 

Au départ, les fonds islamiques éthiques (« halal funds ») s’intéressaient plutôt aux secteurs de la technologie et de l’informatique. La faible croissance de ces marchés a orienté aujourd’hui les investisseurs vers les domaines de la santé et de l’énergie, plus prometteurs (Pfizer, BP Amoco ou Exxon Mobil). On voit désormais apparaître dans les fonds éthiques islamiques les « grands noms » de la finance internationale, comme le fonds suisse Pictet, la Worms, HSBC, CitiBank, Commerzbank, BNP Paribas, ou la Banque alternative d’investissement suisse.

 

L’énergie renouvelable semble aussi un nouveau créneau de diversification, en particulier l’éolien en Angleterre, qui a déjà son fonds islamique éthique depuis plus d’un an. A quand un fonds islamique « indexé » sur la Climate Change Levy, loi britannique sur les gaz à effet de serre ?  

 

Si les premiers investisseurs étaient essentiellement de riches musulmans fortunés, le marché aujourd’hui se diversifie pour les petits porteurs (« retail market »). En 2005, d’ailleurs, est prévue la première conférence internationale des fonds islamiques destinés à ces nouveaux clients.

 

Les fonds éthiques islamiques ont aussi leurs « Davos perso » depuis 2002. Deux fois par an, à Dubaï, Genève, et à Istanbul en 2004, la finance islamique se réunit, attirant des centaines de participants du monde entier (musulman ou non-musulman). Le Sommet Mondial des Fonds islamiques aura lieu, quant à lui, à Londres en octobre prochain

 

Des consultants spécialisés

 

Les “fonds éthiques islamiques” sont soutenus par l’entreprise Failaka International Inc., société de consultants et de notation financière, créée par les USA et le Koweît en 1996, et basée à Chicago. Faïlaka regroupe et cote ainsi plus de 100 fonds islamiques « éthiques », et permet des comparaisons financières de « rendement » de ces différents fonds, appuyées sur des programmes de recherche de l’Université d’Harvard.

 

Phénomène financier, ou avatar de société ?

 

L’institutionnalisation des fonds éthiques islamiques, au fond, correspond, version Coran, à une tendance actuelle vers des investissements moins spéculatifs, plus rassurants, avec un ancrage sur des principes d’équité, de partage, de « croyance ». On nous avait affirmé, voici quelques années, que « le XXIème siècle serait spirituel ou ne serait pas ». Mais de quel côté est la spiritualité ? Et jusqu’à quel point est-elle rentable ?

 

En tout cas, les fonds éthiques islamiques prennent aujourd’hui toute leur dimension internationale grâce à internet : cette année, à Londres, a été lancé un projet « d’internet banking » de ces nouveaux placements, plate-forme électronique d’échanges et de transactions, qui a pour objectifs de s’étendre très rapidement vers la France et l’Allemagne.

 

Même après le 11 septembre, et les soupçons de financement islamique du terrorisme, les « fonds éthiques islamiques » connaissent un intérêt croissant, depuis les tours climatisées de Bahrein, jusqu’aux trottoirs de Londres, où les analystes financiers de Standard & Poors estiment aujourd’hui leurs  « assises » potentielles à près de 30 milliards de $.

 

(Conclusion)

 

Les fonds éthiques islamiques semblent bien, aujourd’hui, chercher à acquérir une dimension internationale, loin des tensions politiques, ou des dérives extrémistes. Une façon aussi, en investissant dans certains marchés porteurs, de séduire industriels, ainsi que particuliers, à la recherche de fonds sans risques spéculatifs, tout en conservant une forme de morale

 

Evolution de société, intérêts financiers : le « phénomène humain » a les multiples visages d’une éthique sans cesse en devenir..

 

Par LEFEVRE
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Mercredi 23 novembre 2005

HQE : UN CONCEPT EN QUETE D’AVENIRS

 

 

(Châpo)

Nous sommes aujourd’hui bien loin de la « Maison-manifeste », trophée de l’exposition Villette-Amazone, qui proposait au début des années 90, la HQE sous forme d’un blockhaus compact, agrémenté de commentaires visionnaires et poétiques. La HQE a désormais des racines solides, des directives et des plans, mais pas forcément un avenir limpide et opérationnel.

(Intro)

Des directives européennes aux plans nationaux, la HQE se décline sous bien des formes différentes, alimentant associations ou fédérations, multipliant les approches pas toujours coordonnées, les déclarations ambitieuses, mais oubliant parfois la simple réalité économique.

Saga d’un espace européen un peu disparate.

L’Europe de la recherche et des directives

 

Bruxelles nous ayant habitués, depuis longtemps, à manier la carotte et le bâton, la HQE ne devait pas faire exception. Un seul problème : la HQE  étant à la fois un sujet nouveau, et mobilisant de nombreuses compétences, il était inévitable que différentes DG s’en emparent, au risque de multiplier les initiatives, sans pour autant donner une vision claire au maître d’ouvrage.

Une première directive en 1989 (transposée en droit français en 1992) imposait déjà la généralisation du marquage CE des produits de construction. Il faudra attendre cependant 2002 pour que les premières normes harmonisées dans ce domaine apparaissent. Mais le plus important, en matière de HQE, est la directive européenne 2002/91/CE (16 décembre 2002) sur la performance énergétique des bâtiments. Celle-ci prend en compte le fait que plus de 40% de l’énergie consommée dans l’UE provient des bâtiments (habitat, tertiaire, etc.), que 2 millions de chaudières domestiques en Europe ont plus de 5 ans (leur remplacement économiserait à lui seul 5% des consommations totales de chauffage), et que la consommation d’éclairage dans les bureaux peut être réduite de 30 à 50%. Eléments majeurs de cette directive : la mise en place d’une méthodologie commune de calcul de la performance énergétique des bâtiments, l’application de normes minimales pour les bâtiments neufs (et pour certains bâtiments lors de leur rénovation), l’affichage dans les bâtiments publics de « certificats de performance énergétique », un renforcement du contrôle des chaudières et des systèmes de refroidissement.

 

Energie Cités commente la directive sur l’énergie dans les bâtiments

L’association Energie Cites, qui œuvre depuis plusieurs années dans le domaine de l’efficacité énergétique pour les collectivités locales, approuve largement cette initiative réglementaire, mais souligne :

- que les équipements intérieurs (de type bureautique, audiovisuel, etc.) devraient être intégrés dans le calcul des performances énergétiques.

- que le recours à la cogénération et aux énergies renouvelables devrait être mieux soutenu dans les réhabilitations

- qu’il est nécessaire de tenir compte de l’avis des utilisateurs dans le système de certification des bâtiments, et de compléter cette certification avec, par exemple, des indices synthétiques d’émissions de CO2 

- que des « gestionnaires de l’énergie » sont indispensables dans tout patrimoine de plus de 1000 m2 (seuil pour lequel la Commission préconise des études préalables de faisabilité technique des systèmes énergétiques)

 

- que les collectivités locales doivent affirmer leur rôle par rapport aux distributeurs d’énergie, par exemple avec des exigences de performances dans les cahiers des charges des consultations publiques.

 

C’était sans compter avec la Direction Générale Recherche qui s’avère être la plus prolifique en matière de HQE. Dans le cadre du programme « Ville de demain et héritage culturel », on compte la bagatelle d’une vingtaine de projets de recherche, ayant peu ou prou un rapport avec la HQE.  Des noms évocateurs pour des sujets variés : CRISP (Construction and City Related Sustainability), PRESCO (Practical Recommandation for Sustainable Construction), SHE (Sustainable Housing in Europe), etc. Il est vrai, aussi, que tous les domaines de la construction sont abordés, des déchets de construction au chauffage, en passant par la climatisation, l’intégration des bâtiments dans la ville, la gestion des déchets de chantier, etc.

 

HQE2R : démarche exponentielle pour les quartiers

 

27 partenaires européens (dont le CSTB) pour un projet de recherche permettant, à terme, d’appliquer le concept de HQE à un quartier. Le projet HQE2R, qui s’est déroulé de juillet 2001 à mars 2004, avait pour objectifs de mettre au point une méthode commune de diagnostic partagé de développement durable dans un quartier, puis d’élaborer des recommandations pour intégrer la HQE dans tous les documents d’urbanisme, avec un souci particulier de dialogue auprès des habitants. Angers, Anzin, Cannes et Echirolles étaient les « laboratoires » du projet, qui aujourd’hui propose aux professionnels de l’habitat et de la construction, en guise de conclusions opérationnelles… 5 objectifs, 21 cibles et 51 sous-cibles !

 

Mieux que « Dallas »... La HQE française à coup de plans

Si l’Association HQE, créée en 1996, avec ses 14 objectifs de Haute Qualité Environnementale, se voulait au départ « une démarche », et non un label, nous sommes vite tombés dans la valse des plans structurels, au gré des exécutifs successifs. 

En 1996, la LAURE (Loi sur l’Air et l’Utilisation Rationnelle de l’Energie) nous avait déjà amenés à imaginer des « certificats de consommation énergétique » pour les logements. Puis, en 1999, la LOADDT (Loi d’Aménagement Durable du territoire) donne le ton, avec des schémas de services collectifs, dont ceux de l’énergie. On ne parle pas clairement de Haute Qualité environnementale, mais le contexte général est posé, d’autant plus que la Conférence des Parties de Buenos Aires, sur l’effet de serre, nous avait déjà laissé entrevoir une difficile perspective énergétique. La même année, une communication en Conseil des Ministres, sur le Programme d’Actions « Bâtiments et Santé », crée l’Observatoire de la Qualité de l’Air intérieur. 

 

Le 6 décembre 2000 est lancé le Programme National d’Amélioration de l’Efficacité Energétique (PNAEE), qui s’attache à mettre en oeuvre la future réglementation thermique RT 2000, prévoit un volet « maîtrise de l’énergie » dans les opérations OPATB, et surtout crée les « Espaces Info Energie », avec le soutien de l’ADEME. Un plan très clairement « énergie », qui, au fond, ne fait que suivre les directives européennes en cours ou à venir.

 

La vraie nouveauté semble arriver en janvier 2002, avec le PNHCDD. Encore un Plan National, cette fois-ci pour l’Habitat, la Construction et le Développement Durable. Où l’on reparle de la qualité de l’air intérieur (l’Observatoire était déjà créé), de la qualité de l’eau, des nuisances sonores (le principe des « points noirs » du bruit était déjà acquis), des produits de construction performants (la Directive européenne était sortie depuis 10 ans), des chantiers de construction « écologiques » devant respecter la loi « déchets » elle-même votée en 1992, de la prévention des catastrophes naturelles (la tempête de 99 était encore dans les esprits ), de l’adaptation systématique des logements aux personnes handicapées (l’année européenne du handicap allait démarrer). Bref, de simples confirmations sur la construction durable, avec cependant, plus officiel, la généralisation de la HQE sous un référentiel national…porté par l’association HQE. Une reconnaissance tout à fait éclatante, pour une démarche qui se voulait avant tout volontaire et progressiste…mais qui fixe son « pré carré » lors de son Assemblée générale du 19 mars 2002, en « labellisant » la marque « HQE® ». Coïncidence ? Le lendemain, le Ministère de l’Environnement publie son « Plan d’actions HQE » qui fixe, entre autres,  une convention d’objectifs entre l’Etat et l’association, et de multiples financements complémentaires via l’ADEME.

 

 

Toujours plus visionnaire : le « Bâtiment français à l’horizon 2010 »

 

C’est en 2002 que l’ADEME et le Plan Urbanisme Construction Architecture lancent la consultation nationale « Bâtiment à l’horizon 2010 ». Un louable effort de prospective, intégrant l’ensemble des nouvelles réglementations, tant françaises qu’européennes, anticipant le recours aux énergies renouvelables, et la future norme RT 2005. Depuis sa création, ce programme d’aide a permis de soutenir 92 projets, d’un montant total de 22 M d’€, avec une participation de l’ADEME de 9 M d’€. Pour 2004, le « Bâtiment 2010 » s’oriente plus particulièrement sur l’architecture bioclimatique, et le confort d’été, avec 41 dossiers retenus. On notera surtout cette année une plus grande diversité des lauréats par rapport aux années précédentes, qui comptaient toujours plus d’un quart des projets en provenance du CSTB.

 

 

Confortant l’ensemble du dispositif, l’association HQE crée le 20 juin 2003 sa marque « Partenaires HQE® », et sa « Charte de formation HQE® »  pour tous les organismes de formation voulant diffuser la « bonne parole ». Au point où on en était, l’association HQE devient « d’utilité publique », le 5 janvier 2004… soit 6 mois avant l’annonce du plan Climat qui prévoit un chapitre spécifique sur « l’éco-habitat », avec des exonérations de taxe foncière, des crédits d’impôts pouvant aller jusqu’à 40%, et des « certificats d’économie d’énergie ».

 

Pensait-on avoir enfin stabilisé la HQE française ? C’était mal connaître notre inépuisable talent pour disperser efforts et subsides… Début 2004, l’association Utopies crée, avec des industriels tels qu’Accor, Bouygues, Lafarge, Gaz de France, Conforama (mais aussi avec l’inévitable Association HQE) un groupe de travail appelé « Entreprises et construction durable ». Le leitmotiv du projet est de « passer du syndrome de la patate chaude au cercle vertueux de la coopération »… Nouvelle annonce début juillet : l’ADEME, le CSTB, EDF, GDF, Arcelor et Lafarge créent la « Fondation Energie Bâtiment » pour financer des recherches visant à diminuer les gaz à effet de serre dans les bâtiments.

 

Il ne manquait plus que les architectes à l’appel ; oubli réparé le 8 juillet, avec les 10 propositions de l’Ordre National des architectes, en faveur du développement durable, prévoyant aussi (abondance de biens ne nuit pas…) un « Forum national », des outils d’analyse économique, et une grand-messe de l’architecture durable en 2005.

 

Le plus étonnant, dans ces multiples projets, est leur volonté commune « d’organiser et de fédérer les acteurs », de « créer des référentiels généraux », « d’apporter une vision globale ». On peut simplement espérer, après ce rapide tour d’horizon, que « l’ambition partagée », si chère aux supporters du développement durable, aura finalement le dernier mot de l’efficacité dans ce feuilleton « à coup de plans ».

 

« Petits pas » anglais, participatifs et originaux

 

Si l’Angleterre était bien entrée dans la danse du développement durable, avec son programme national en 2000, « Building a better quality of life », elle a su en moins de 4 ans concrétiser ses actions de manière assez originale. Point de grands débats théoriques, mais, pour commencer, une « Charte clientèle » pour les acteurs du secteur de la construction. Qualité des produits, économies d’énergies, indicateurs de développement durable, échanges d’expérience, la « Charte clientèle » regroupe aujourd’hui les principales associations du bâtiment, de la construction, des bailleurs locatifs, et s’est déclinée en 2002 pour les PME-PMI, et en direction de toutes les constructions individuelles.

 

Dans la même cohérence (et sous l’égide de deux ministères seulement), la HQE a poursuivi son bout de chemin en Angleterre, d’abord avec un travail productif de groupes de réflexion incluant tous les acteurs, en particulier les fédérations d’ingénierie, les Centres de recherches sur la construction, la Fédération des industries du béton et du ciment, et les producteurs de métaux.

 

 

Un travail opérationnel, basé d’abord sur le climat

 

En octobre 2003, une première réunion nationale sur la HQE  officialise une commission de travail opérationnelle, qui doit rendre ses conclusions et recommandations en moins d’un an, avec une mission très orientée sur les économies de CO2 La base de départ est claire : 50% des émissions de CO2 en Angleterre proviennent, peu ou prou, du secteur de la construction, et un programme volontariste dans ce domaine permettrait d’économiser 100 millions de £ par an. Donc, Kyoto en ligne de mire, et « Honni soit qui mal y pense »… tout le secteur de la construction est impliqué. Les collectivités locales ne manquent pas à l’appel, puisque leurs associations, regroupées sur le thème de la HQE dès mars 2000, avaient déjà leur programme de travail spécifique, leur réseau d’échanges (« Wellbuilt, Sustainable Construction ») et, pour les plus réticentes, leur « pense-bête » de rigueur : « 20 bonnes idées pour construire durablement ». Mêmes objectifs pour le logement social, impliqué dans l’action dès 1998, avec la publication, deux ans plus tard, de son propre code de construction HQE.

 

 

Le défi de la concertation HQE est tenu, puisque, le 27 juillet dernier, le gouvernement anglais annonce la prochaine sortie d’un « Code national pour la construction durable », qui devrait être présenté dans sa première version en janvier 2005. La grande originalité de ce travail national sur la HQE est à la fois d’avoir été mené pas à pas, sans déclaration emblématique, ni querelle de clocher (pas de marque « green bulding » déposée), mais avec des échéances claires, et un appui financier non négligeable. L’autre exploit (beaucoup de pays pourraient prendre exemple), c’est d’avoir associé non seulement l’ensemble de la profession, mais aussi les futurs utilisateurs, et les associations comme WWF, Energy Saving Trust, etc , tout en conservant une cohérence très « british » avec les autres législations, comme la loi sur le changement climatique, la loi sur l’eau, les différentes lois sur les déchets, et même les recommandations sur les cycles de vie des matériaux. .   

 

L’Angleterre a pris son temps…sans doute pour être plus efficace. Wait and see...

 

La HQE suisse réglée comme une horloge

 

On connaissait déjà la Suisse pour son réseau « Cités de l’Energie », et par ses initiatives en matière d’Agendas 21 locaux, autant d’actions menées dans une relative discrétion très helvétique. La HQE ne fait pas exception à cette tradition, et s’adapte tranquillement aux structures gouvernementales et cantonales. L’Office Fédéral de l’Energie (Suisse énergie) a d’ailleurs lancé, en novembre 2003, la campagne « Bien construire 2004 », pour tous les professionnels impliqués dans le processus de planification des bâtiments. Un slogan trilingue dans l’humour et le réalisme  Economisez de l’argent et de l’énergie. Mais n’en faites tout de même pas trop ! ». Le ton « qualité-prix » est donné pour tous les partenaires, dont l’agence des énergies renouvelables, l’Union pétrolière suisse, l’association des propriétaires fonciers, et l’association immobilière de Berne. ..

 

Préoccupation financière aussi dans le label « Minergie », créé en 1998 par l’Office Fédéral. Ce label est principalement orienté sur l’enveloppe du bâtiment, l’aération douce et le chauffage efficace, et compte aujourd’hui plus de 7400 réalisations en Suisse, dans 12 catégories (dont les immeubles tertiaire et les constructions individuelles), avec un souci tout particulier pour les installations sportives et les piscines.

 

 

Pas de HQE suisse sans perspective financière

 

Le commentaire de la Banque cantonale de Zürich, partenaire de Minergie, est éloquent : « Au bout de 30 ans, un bâtiment Minergie aura, sur cette simple marque, une valeur supérieure de 12% à un bâtiment conventionnel, pour un surcoût d’investissement qui n’excède pas 6%. Par ailleurs, la réduction annuelle des dommages immobiliers liés à l’humidité peut atteindre au total, grâce à Minergie, 5,8 milliards de FS ». Pas étonnant, donc, que les cantons proposent des primes financières d’encouragement à Minergie, des hypothèques à taux avantageux, et aussi des réductions d’impôts locaux (par un calcul corrigé de la surface au sol). De plus, depuis le début de l’année, un nouveau label, Minergie P, a été créé  pour favoriser les énergies renouvelables dans l’habitat.

 

 

L’originalité de la Suisse, en matière de HQE, a été aussi de s’intéresser, dès 1989, à l’ensemble des phases « amont » de la construction, en particulier avec le soutien de l’association KÖB, structure carrément « informelle », qui regroupe les principaux services de construction suisses. La KÖB, qui travaille étroitement avec la coordination des services fédéraux de l’immobilier, a d’ailleurs publié, il y a trois ans, un premier guide sur la « gestion écologique des projets de construction » (avec des annexes « analyses des expériences ratées »), et s’appuie aujourd’hui sur des exemples « d’éco-devis », et sur le logiciel SNARC, qui permet d’appliquer la HQE dès la phase «concours d’architecture».

 

(Conclusion)

 

On peut dire qu’en termes de HQE, ce ne sont ni les idées, ni les initiatives qui manquent. Encore faut-il qu’elles soient coordonnées, cohérentes, et pas « vampirisées » par des organisations qui, pour être compétentes, n’en sont pas moins omniprésentes.

 

Certes, la HQE s’adresse à de nombreux corps de métiers, aux intérêts parfois différents, et suppose aussi une dimension financière à moyen terme, qui ne s’accorde pas toujours avec les impératifs d’un secteur souvent fragile.

 

Sans chercher une harmonisation qui pourrait aussi déboucher sur une uniformisation des contraintes, peut-être pourrions-nous enfin trouver une « approche durable », qui ne soit pas seulement dictée par les opportunités, les velléités, ou les rivalités ?

 


 

David Gottfried, le « Bill Gates » de la HQE

 

Fraîchement diplômé de Stanford en 1982, David Gottfried quitte sa Californie natale pour Washington, au moment où le marché immobilier américain « classique » s’effondre. Lors d’une conférence d’architectes à Boston-la même année que le Sommet de Rio-, il lance le concept qui va faire sa fortune : « le marché du bâtiment ne doit pas seulement être rentable, il doit aussi être une pierre angulaire du développement durable ». Boudé à l’époque par le WorldWatch Institute, il persiste en créant, en 1993, le Conseil américain de la construction « verte » (USGB Council), qui va peu à peu devenir la référence gouvernementale (2800 membres à ce jour) et le fer de lance de l’Agence Américaine de l’Environnement (EPA). L’année suivante, (on ne vit pas que de concepts..), retour à Frisco où il fonde sa propre agence de consultants en HQE, le WorldBuild Technologies Inc. Les différents Etats américains, et leurs capitales se pressent au tourniquet, pour lancer avec Gottfried leurs « plans HQE », assortis de réductions d’impôts, de prêts bonifiés, et largement soutenus par les inépuisables fonds de pension (dont CallPERS).   Le « green building », un business ? Sans aucun doute, pour ce nouveau genre de « sustainable golden boy », qui affiche aussi ses convictions dans la gouvernance, le respect des employés, les économies d’énergie…et ne manque pas, en 1998, de créer à Sydney le « World Green Building Council », histoire de faire partager ses convictions et son expérience aux six autres pays qui le rejoignent (dont seulement l’Espagne, côté européen). Aujourd’hui, le grand défi de David Gottfried, c’est de propager sa «révolution verte » auprès des promoteurs privés, beaucoup moins sensibles que les organismes d’Etat à ces considérations environnementales. « Mais cela prendra encore au moins 10 ans », conclue-t-il, « et il faut pour cela un soutien permanent du gouvernement et des financiers ».

Jean-Marc LEFEVRE

Président de la PCDDEI

 

 

 

Par LEFEVRE
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Mercredi 23 novembre 2005
Le Chicago Climate Exchange (CCX) : un modèle américain d’échanges de permis

 

 (Chapô)

 

 

Réfractaires au Protocole de Kyoto, les américains ? Pas tant que cela, puisque, depuis maintenant deux ans, ils expérimentent un modèle opérationnel d’échanges de droits d’émissions CO2 à Chicago : le Chicago Climate Exchange (CCX).

 

 

(Intro)

 

 

Créé à titre expérimental en 2001, et officialisé à l’automne 2003 –juste à temps pour s’afficher à la Conférence des Parties à Milan-,  le Chicago Climate Exchange. est en fait un système financier d’échanges de permis d’émissions entre des industriels, des collectivités locales et des exploitants agricoles, sur une base strictement volontaire.  Ce système permet à ses adhérents de recevoir des crédits pour leurs réductions d’émission, d’en vendre ou d’en acheter afin de parvenir aux moyens les plus économiques pour atteindre les réductions fixées.

 

 

Une façon de se préparer aux opportunités économiques du Protocole de Kyoto…sans pour autant en signer les obligations parlementaires.

 

 

Savoir prendre le créneau au bon moment…

 

 

Enfant de Brooklyn, professeur d'économie, Richard Sandor imagine dès 1991 le marché des crédits d’émission de SO2 aux Etats-Unis. En 1993, il fonde une agence de conseil et de trading, spécialisée dans la création de produits financiers environnementaux. En 2001, la Fondation américaine Joyce lu attribue une donation de 347 000 dollars pour jeter les premières bases d'un marché du CO2 dans le Midwest : ce sera le Chicago Climate Exchange.

 

 

L’objectif du CCX est triple :

 

 

-          démontrer que l’échange de permis d’émission permet de réductions réelles, sans entamer la compétitivité des entreprises ;

 

 

-          déterminer les prix standard des échanges sur un marché libéralisé, en utilisant toutes les possibilités des mécanismes de flexibilité :

 

 

-          élaborer un cadre général de transactions, qui puisse être reproduit dans d’autres pays industrialisés.

 

 

Le CCX permet d’échanger non seulement des permis de CO2, mais aussi d’autres gaz à effet de serre (comme le méthane), dont les émissions sont converties en tonnes-équivalent carbone selon les indications du Groupe Interministériel d’Etude des Climats (GIEC).

 

 

L’échange des crédits s’opère principalement entre les industriels émetteurs, les sociétés agricoles et forestières (qui, elles, bénéficient de « crédits » non plafonnés au titre de la séquestration du gaz carbonique par les végétaux), les différents projets d’énergies renouvelables, et l’export de nouvelles technologies au Mexique et au Brésil, afin de bénéficier des fameux « mécanismes de développement propre » (CDM). Tous les aspects des « flex-mex » de Kyoto sont donc testés, en réel, sur une échelle contrôlable, jusqu’à la récupération du biogaz de la décharge municipale.

 

 

Tout fonctionne comme un véritable système de « permis d’émissions », avec des transactions sur une plate forme internet, des fonds de garantie, des modes de « placements financiers » des autorisations, etc. Au total, 200 000 tonnes de carbone on été ainsi « monétarisées » avec succès dès la première année de test

 

 

Des partenaires multiples et motivés

 

 

Trente-sept industriels participent à cette expérience, dont certains parmi les premiers visés par les projets nationaux de plafonnement des émissions : Ford, Rolls-Royce, Bayer, BP, Dupont, Dow Chemicals, Amtrack, International Paper, Electric Steel Corporation, etc. Les énergéticiens comme American Electric Power – l’un des plus importants émetteurs de CO2 des Etats-Unis),  ou Manitoba Hydro n’ont pas voulu manquer, eux non plus, une telle expérience, tout comme la quinzaine de bureaux d’études et organismes financiers qui se sont rapidement inscrits au Chicago Climate Exchange. Nouvelles technologies et piles à combustible sont aussi à l’honneur, avec les entreprises Millenium Cell et EcoEnergetics.

 

 

Les « crédits carbone » sont principalement détenus par 4 sociétés forestières, et le syndicat de fermiers de l’Iowa, eux aussi adhérents du CCX, tout comme le géant des ordures, Waste Management, qui trouve là un moyen de valoriser la captation du biogaz de ses décharges..

 

 

Dès le début de l’expérience, la ville de Chicago a aussi été un partenaire actif du CCX, valorisant ainsi ses propres économies d’énergie, en particulier avec la ville de Mexico, qui émet à elle seule la moitié des gaz à effet de serre de l’ensemble de la Chine…

 

 

De plus, en septembre 2003, l’expérience du Chicago Climate Exchange a été soutenue par le World Resources Institute (WRI),  grand ordonnateur des dernières tendances sur le développement durable mondial.  Le WRI, qui est aussi à l’origine du programme international GHG Protocol (protocole d’échanges volontaires des gaz à effet de serre)  peut ainsi bénéficier d’un nouveau terrain d’essais, en vraie grandeur, pour évaluer le système « cap and trade » d’échanges de permis négociables.

 

 

Des objectifs chiffrés, mais des prix encore flous  

 

 

La base de calcul pour chaque participant au programme est la moyenne des émissions observées entre 1998 et 2001.Chaque participant au programme se voit attribuer une autorisation d’émissions égale à ses objectifs de réduction. Les objectifs de réduction d’émission pour chaque participant sont de 1% en dessous des émissions prévues en 2003, de 2% en dessous des prévisions 2004, de 3% pour 2005 et de 4% pour 2006. Les participants peuvent donc, soit réduire eux-mêmes leurs propres émissions, soit acheter des autorisations d’émissions.

 

 

Par contre, la question du prix de la tonne-équivalent carbone reste encore pour le moins obscure. Si le prix officiel de la mise aux enchères était affiché fin décembre 2003 à 0,92$ en moyenne, il varie de un à quatre selon les participants. De plus, l’extension du « cap and trade » sur une période de 7 ans « d’autorisations à polluer » semble même faire monter l’enchère jusqu’à 100$ la tonne.

 

 

Quoiqu’il en soit, nous sommes bien loin du prix « standard » annoncé par l’UE, qui propulse uniformément la tonne-carbone à 12 € sur un marché encore vierge.

 

 

(Conclusion)

 

 

Le Chicago Climate Exchange reste encore, très clairement, un « prototype » du marché des droits à polluer sur l’effet de serre. Pourtant, son grand intérêt est d’expérimenter, en vraie grandeur, avec des prix contrôlés depuis septembre 2003 par le NASDAQ, un système de permis d’émission entre industriels, collectivités, exploitants agricoles et associations, tout en utilisant au mieux les différentes possibilités de flexibilité avec des pays qui peuvent prétendre aux Mécanismes de Développement Propre » (MDP). 

 

 

Même si les américains ne ratifient pas Kyoto, ils auront ainsi, dans peu de temps, un « marché » prêt à fonctionner. «  It’s simply good business » (« c’est simplement une bonne affaire ») commente Richard Sanders, président du CCX, qui a vu son initiative saluée en novembre 2003 par l’ensemble des sénateurs démocrates, et par le premier Sommet des investisseurs américains sur le risque climatique.

 

 

Un financier visionnaire et pragmatique, qui sait reconnaître les marchés émergents : le Chicago Board of Trade, qu’il a contribué à créer, échange annuellement 130 000 autorisations d’émissions sur le dioxyde de soufre (SO2), pour une valeur moyenne de 175$ le permis, dans le seul Etat du Midwest. Même si le Chicago Climate Exchange paraît encore très « virtuel», son avance opérationnelle le met désormais sous les feux de l’actualité…et sans états d’âme sur l’état de ratification du Protocole des Nations-Unies.

 

 

Encadré

 

 

Le Chicago Climate Exchange à Milan

 

 

Le CCX était naturellement présent à la dernière Conférence des Parties sur le Changement Climatique à Milan.  Affichant clairement leur intention de « servir de modèle international avec une gamme de prix opérationnelle », les responsables du CCX ont présenté les 12 étapes qu’ils jugent nécessaires pour établir un « marché des permis de gaz à effet de serre » :

 

 

1.       définir clairement le concept et les opportunités

 

 

2.       évaluer le marché

 

 

3.       établir les bases communes de travail et les modes opérationnels

 

 

4.       définir les seuils d’émission autorisés, allouer les permis et mettre en place des systèmes techniques de mesure de ces émissions

 

 

5.       contractualiser les règles d’échanges

 

 

6.       développer un « centre informatique d’échanges de permis », opérationnel en temps réel

 

 

7.       intégrer tous les échanges existants ou potentiels, même non valorisés

 

 

8.       Rendre accessible la méthode de « mise aux enchères » des permis

 

 

9.       Diffuser largement une documentation simple, efficace et concrète

 

 

10.    Rechercher une certaine harmonisation avec les autres systèmes d’échanges existants et avec les programmes universitaires de prospective

 

 

11.    Mettre en place très rapidement un mode de « reporting » transparent

 

 

12.    Utiliser toutes les opportunités au niveau international, pour bénéficier des autres mécanismes de flexibilité.

Jean-Marc LEFEVRE

Président de la PCDDEI

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