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Mercredi 23 novembre 2005 3 23 /11 /Nov /2005 18:48

QU’EST-CE QUI FAIT COURIR GAVIN NEWSOM ?

 

 

(Chapo)

 

 

En moins d’un an, le jeune maire de San Francisco a propulsé sa ville au hit-parade du développement durable. Multipliant les initiatives financières et réalistes, il accueillera cette année -entre autres- la Journée mondiale de l’environnement. Mais sous les palmiers, l’urgence fait parfois force de loi…

 

 

(Intro)

 

 

Il est, depuis janvier 2004, maire d’une ville américaine mythique : San Francisco. Ses plages, son soleil, son pont…ses tremblements de terre, ses banlieues-ghettos, et ses embouteillages chroniques. A 37 ans, issu d’une bonne famille de la Côte Ouest, il pouvait se contenter de poursuivre la carrière politique de son père, l’Honorable Juge William Newsom. Pourtant, il ne s’endort pas dans la quiétude d’un avenir tout tracé : développement durable, revitalisation des arts, lutte contre les changements climatiques, logements pour les plus démunis, aide à la création de PME-PMI. Gavin Newsom affiche très haut son ambition de « redessiner un futur » pour San Francisco, malgré les coupes sombres des budgets d’Etat (une réduction de l’ordre de 70 millions de $ par an pour la Ville). Entre show-biz et convictions, la recette a l’air de séduire.

 

 

Un futur propre et technologique

 

 

En octobre 2004, le Conseil Municipal de San Francisco adopte un « Plan stratégique pour un futur propre et technologique ». Bien plus qu’un simple recueil de bonnes intentions écologiques, il s’agit surtout de développer des outils et des moyens pour attirer les entreprises et créer des emplois. En effet, malgré sa réputation de ville « hig-tech », San Francsico perd plus de la moitié des PME-PMI qui se créent dans la ville, par manque de soutiens financiers, et surtout à cause du prix de l’immobilier, l’un des plus chers des USA.

 

 

10 axes majeurs structurent ce plan à long terme, à la fois visionnaire et pragmatique. Si les « autoroutes de l’hydrogène », où on pourra abreuver les « trucks » en carburant peu polluant paraissent un peu futuristes, les programmes ambitieux d’énergies renouvelables (premier palier de 360 MW déjà engagé) sont bien ancrés dans la réalité.  Le nouveau « directeur des technologies propres » de la ville, directement rattaché au secteur stratégique de l’économie et de l’emploi, a déjà fermé deux centrales thermiques polluantes, prévu d’équiper les stations d’épuration de la ville de récupérateurs de biogaz, et généralisé le système « d’achats verts » à l’ensemble des services municipaux. L’idée de base n’est pas seulement de servir d’exemple, mais de créer les conditions économiques suffisantes pour que se développent de « vrais marchés » des nouvelles technologies. Dans les idées à court terme, il s’agirait aussi, à l’instar de la ville de Seatlle, d’équiper l’ensemble des taxis urbains au gaz naturel, et de remplacer les vieux bus diesel par des véhicules hybrides. Les bonnes intentions ne suffisant pas, San Francisco multiplie les incitations financières, par exemple en consacrant une partie des fonds de pension gérés directement par la ville à des initiatives de développement durable (AIP : Alternative Investment Programm), et en créant un « fonds d’amorçage » pour les projets individuels de technologies propres, dotés chacun de 50 000$.

 

 

La HQE à San Francisco, une affaire qui marche !

 

 

Si la HQE a le vent en poupe à San Francisco, c’est en grande partie grâce à l’un de ses concitoyens, David Gottfried. (voir VV n° 71). Fondateur du Conseil américain « Green Building », puis de l’association internationale du même nom, Gottfried n’a pas hésité, avec le soutien de l’équipe municipale, à offrir à la ville qui abrite désormais sa société de consultants, le futur Congrès mondial de la HQE, en juin 2005, en même temps que la journée internationale du Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Et hop, une synergie de plus! Mais les « grand-messes » de l’environnement ne suffisent pas pour faire avancer les projets : c’est pourquoi, le 30 juin 2004, l’équipe municipale a pris un arrêté (City Ordinance) imposant à tous les nouveaux bâtiments publics (et les bâtiments rénovés) d’être des « green buildings ». Premières contributions exemplaires : la future université californienne des sciences, près du Golden Gate, qui ouvrira ses portes en 2007, et l’hôpital Laguna Honda, qui prévoit une extension de 1200 lits, avec une réduction de 30% de sa facture énergétique. 

 

 

San Francisco, champion du climat 

 

 

Avec ses 9, 7 millions de tonnes de CO2 par an, et ses alertes régulières à l’ozone, San Francisco s’était déjà mobilisée depuis plusieurs années en faveur de la protection climatique, en s’engageant dans le programme international « Cities for Climate Protection ». En septembre 2004, trois mois avant la 10ème Conférence des Parties à Buenos Aires, le maire franchit une nouvelle étape, en publiant son « Plan Climat ». Objectif : réduire de 20% les émissions de CO2 en 2012, par rapport à celles de 1990. Kyoto peut aller se rhabiller…Les initiatives sont à la hauteur de l’ambition : si 50% des émissions de CO2 sont provoquées par les transports, priorité est donc donnée à l’extension du célèbre tramway, avec un nouveau système GPS pour prévenir les passagers, et une sécurité renforcée dans les quartiers sensibles. L’ambition de l’ensemble des transports urbains (Muni) est d’être totalement neutre en carbone d’ici 2020. L’auto-partage est aussi à l’honneur dans les entreprises, avec des réductions de taxes professionnelles à l’appui (l’expérience ayant montré que le civisme ne suffisait pas…). Il faut dire que les californiens pratiquent ce système depuis plusieurs années, en cas d’alerte sismique.

 

 

A l’horizon 2010, tous les bâtiments municipaux devraient être alimentés en énergie renouvelable, comme le célèbre Moscone Center, palais des congrès entièrement solaire. Les 100 millions de $ d’aides municipales votées en 2001 pour les installations solaires n’ayant pas été utilisées, malgré l’existence de projets concrets, le nouveau maire de San Francisco se fait fort de leur trouver rapidement des terrains d’investissement, avec l’aide de sa Commission pour les Services Publics (PUC), et en « taxant » de 5% les fonds de garantie de la société d’hydroélectricité. Une idée qui ne devrait pas laisser indifférente notre Fédération Nationale des Collectivités Concédantes et Régies, même si les lois américaines sont un peu différentes de nos très françaises concessions.

 

 


Le programme « Passer la pointe ».

 

 

En partenariat avec Pacific Gas ans Electricity, San Francisco s’attaque aussi aux périodes de consommation énergétique « de pointe », qui obligent à surdimensionner les équipements de production : c’est le « « Peak Program ».. Là encore, des incitations financières, abondées par la ville, permettent aux clients de se fournir en thermostats de régulation ou en matériels électriques économes en énergie. Des audits thermiques gratuits sont aussi proposés à la population, et aux entreprises. Histoire d’encourager le grand public, la ville fait des promos pour le moins astucieuses : venir échanger gratuitement ses ampoules pour des basse consommation, dans le site prestigieux de l’Opéra de Bayview, c’est quand même plus motivant qu’un simple slogan « faisons vite, ça chauffe ! »

 

 

Reverdir un San Francisco plus propre

 

 

Si l’image habituelle de San Francisco est un Golden Gate plongeant dans le soleil, on entre vite, malheureusement, dans des avenues rectilignes et sans âme, de Van Ness à la 19ème, sans compter les banlieues recouvertes de graffitis et de détritus de tous genres. L’empreinte écologique générale est d’ailleurs inférieure de 9 points aux villes américaines comparables.

 

 

La priorité de la ville est donc, aujourd’hui, de recréer des espaces verts, en particulier des plantations d’arbres le long des rues. Mais pas question de replanter n’importe comment : Gavin Newsam s’attaque aux racines du problèmes.  D’abord, un trop grand nombre d’interlocuteurs (une douzaine d’agences et de services municipaux…), qui seront remplacés par un seul « Conseil urbain » des espaces verts. Un problème financier aussi : jusqu’alors, seuls les fonds municipaux étaient sollicités. En période de récession, et de réorientation, la vile a décidé de s’orienter vers des « partenariats publics-privés », à l’instar du Chicago Green Gateway Patrnership, puisque les entreprises ont aussi tout intérêt à préserver un cadre de vie agréable. Première expérience réussie avec le « partenariat de la voie express », qui a permis de planter 23 000 massifs fleuris, et 500 arbres.

 

 

Pour améliorer la coordination dans les travaux des espaces verts, et planifier la maintenance, la Ville de San Francisco a en outre adapté le système d’information géographique, Citistat, utilisé initialement par New York pour tenir la comptabilité des délits urbains…

 

 

Développer les PME PMI

 

 

Aux premières loges du développement durable, les PME-PMI (99% du tissu économique local, 15,8 milliards de $ annuels de taxe professionnelle). Aujourd’hui, la ville facilite leurs démarches de création, avec des accès possibles à des aides publiques, des financements, des stages de formation, et privilégie plus particulièrement les projets provenant des minorités ethniques, ou s’installant dans des zones difficiles. Pas de subventions disséminées, mais un fonds d’aides s’inspirant des modèles Calpers ou Mondragon, avec un large recours aux micro-crédits. Initiative très utile, quand les Nations Unies déclarent justement l’année 2005 comme « année internationale du micro-crédit »…

 

 

Priorité est aussi donnée aux PME-PMI dans les contrats de la ville, qui, les années précédentes, ne faisaient travailler que 17% d’entreprises locales. San Francisco développe également des programmes structurés « d’aide au service après-vente », pour les petites entreprises, afin de leur donner des moyens compétitifs dans la vaste économie californienne.

 

 

Sans oublier le nerf de la guerre : les paiements rapides des contrats extérieurs par la ville, notamment pour les PME, qui ont souvent des problèmes de trésorerie. On sent que le maire-entrepreneur s’est frotté au problème !

 

 

Maire et entrepreneur

 

 

Les PME-PMI, Gavin Newsom connaît bien leurs besoins, pour avoir créé, dès 1992, un astucieux réseau de « cafés branchés », les PlumpJacks, commercialisant le vin californien. Dans d’anciens bars fermés lors de la Prohibition, Newsom et ses partenaires remettent au goût du jour une ambiance délicieusement shakespearienne (PlumpJack était le nom donné par la Reine Elizabeth à Falstaff), mais aussi des traditions plus locales, comme le bar de la Sqaw Valley, avec chaudrons en cuivre et intérieur bois.. Sans oublier non plus l’empire du film : le dernier PlumJack Café semble sorti tout droit de l’improbable univers de Matrix.

 

 

Une ville poussée par l’urgence

 

 

Que l’on ne se trompe par sur les motivations du jeune maire de San Francisco : s’il accélère tant d’initiatives de développement durable, c’est que la ville, malgré ses apparences dorées, est au bord d’une chute bien plus profonde que la faille de San Andreas. Budgets municipaux restreints, population en crise ( près de 20% des habitants ne peuvent plus s’offrir d’assurance santé), insécurité grandissante pour plus de la moitié des citadins, avec une moyenne de 40 000 délits graves par an, le glamour californien s’écaille vite dans les sunlights d’une mégalopole à deux vitesses. Même la ville des arts a du mal à faire recette : avec le 3ème marché de l’art aux USA, San Francisco subit pourtant une baisse touristique de 30% par an, due en grande partie à la peur du 11 septembre, mais aussi à une réputation grandissante de ville « sale et inhospitalière ».

 

 

Quant à la scolarisation, en dehors des brillantes universités toutes proches, elle reflète bien le malaise social ambiant : en 2001, 23% des étudiants de 2ème et 3ème cycle n’assistaient pas aux cours, et 60% des familles redoutaient les effets de la délinquance à l’école. Prenant le problème à la base, encore une fois, le Conseil Municipal a lancé un vaste programme d’éducation, basé en premier lieu sur l’apprentissage de la lecture  Plus de 10 000 familles peuvent ainsi feuilleter chez elles les manuels scolaires de leurs enfants, distribués gratuitement par la ville en 8 langues différentes. L’école doit aussi devenir un lieu d’échanges et de partage, et les programmes péri-scolaires ont été renforcés, en particulier dans le domaine artistique. L’idée générale de Gavin Newsam est de développer le concept de « Dream Schools », écoles publiques ouvertes sur le monde, avec l’appui de fonds privés, permettant aux enfants un meilleur développement personnel…et surtout leur évitant, autant que possible, le dérapage vers une délinquance omniprésente.

 

 

(Conclusion)

 

 

Les problèmes qui affectent aujourd’hui San Francisco sont caractéristiques d’une grande ville américaine, autrefois florissante, et frappée par de multiples crises, sociales ou financières. Rien de nouveau sous le soleil ? Si, peut-être… Une équipe municipale qui a décidé de s’attaquer aux problèmes, avec des initiatives parfois disproportionnées selon nos échelles européennes, retaillant les guenilles d’un strass ancien pour choisir des voies nouvelles, plutôt originales au bout du compte. Mais au fait, on ne parle pas, à San Francsico, d’Agenda 21 local. Peut-être a-t-on simplement dépassé, là-bas, le stade de l’incantation pseudo-philosophique au profit de l’action de terrain, indispensable quand parle l’urgence.

Jean-Marc LEFEVRE

Président de la PCDDEI

 

 

Par LEFEVRE - Publié dans : pcddei
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