Certaines collectivités locales, ou Conseils Régionaux ont déjà mis en place des politiques d’aides à la HQE, soutenues par des associations, des Agences Locales de l’Energie, des Agences Régionales de l’Environnement (lorsqu’elles existent), et en partie financées par des partenaires institutionnels ou privés. Un bilan actuel assez disparate, qui va sans doute se modifier à l’aulne du nouveau paysage politique régional.
L’Alsace est la seule région française à posséder depuis 1997 une agence « spéciale HQE », Alsace Qualité Environnement, créée à l’initiative d’Andrée Buchmann. L’AQE réalise de nombreux documents pédagogiques (cahiers de la Qualité Environnementale, mode d’emploi à l’usage des maîtres d’ouvrage, annuaire des acteurs de la HQE, etc.), organise des réunions et voyages d’études pour les adhérents, et s’illustre aussi dans des projets européens Interreg, comme celui du Rhin supérieur (« Construire et planifier dans la perspective du développement durable »). La dimension financière n’est pas oubliée, puisque l’AQE s’attache à mettre en place des « prêts bonifiés » pour la HQE avec la Banque Populaire du Haut-Rhin, déjà connue pour sa signature, dès 1992, des accords financiers du PNUE, et son financement Prévair, «spécial développement durable ».
Grandes manoeuvres HQE en Région Aquitaine, qui propose d’abord une assistance à la maîtrise d’ouvrage, en particulier (ce qui est assez original), un « CCTP-type HQE » pour les collectivités locales. Une démarche globale, soutenue par le réseau IDEA (Information sur le Développement Environnemental en Aquitaine), association créée par le Conseil Régional en 1999. La Région développer aussi des initiatives nouvelles, comme le réseau « Eco-Campus », développé par l’Université Bordeaux I depuis plus de 6 ans, avec le soutien du Fonds Français pour l’Environnement Mondial. Un programme à la fois d’enseignement, de transfert de technologies « propres », de construction HQE, dans tous les secteurs du bâtiment, appuyé sur des laboratoires spécialisés, et deux réseaux internet, « Ecoweb », pour le suivi des consommations d’eau, d’énergie et le traitement des déchets, et « EcoCrous », appliqué à la gestion de la cité universitaire. L’engagement de la Région vient aussi, cette année, de bénéficier d’un financement européen LIFE (400 000 €), dans le cadre du projet Ecocamps, où la HQE s’appliquera aux bâtiments des campings. Tourisme et loisirs toujours, avec l’inauguration, en novembre dernier, de la « première piscine olympique HQE » française à Villeneuve d’Oron, en partenariat avec Gaz de Bordeaux..
Haute-Normandie : avis de grand calme sur la HQE !
La Haute-Normandie reste aujourd’hui quasi muette sur les opérations HQE. Tout au plus, son Agence Régionale, l’AREHN vient-elle de faire paraître en juillet dernier, un « guide sur la climatisation », qui fait suite à quelques dossiers presque exclusivement consacrés aux économies d’énergie. La Région a sans doute d’autres préoccupations écologiques, dont les paysages naturels, le transport, les infrastructures, et la pollution industrielle, etc. Pourtant, on peut regretter que la « culture HQE » n’ait pas eu droit, pour l’instant, à un grand souffle de l’air du large ! Il faut dire que, lorsque des bâtiments neufs, pour le moins emblématiques comme la nouvelle CCI du Havre, ne semblent pas avoir eu l’idée d’un simple « cahier des charges HQE » structuré, il n’est pas étonnant que les initiatives régionales soient un peu difficiles à faire émerger…Renseignements pris, les futurs locaux de la CCI « tendront » vers la HQE. Aurait-on inventé au Havre la « cible virtuelle » de la HQE ?
Ile-de-France : une longue expérience
L’ARENE Ile-de-France a été présente, dès le début, dans la démarche HQE, grâce notamment à l’un de ses premiers directeurs, Dominique Bidou, qui avait porté l’Association HQE nationale sur ses fonds baptismaux. Malgré une première expérience très controversée de HQE au lycée Maximilien Perret, l’ARENE a rapidement mis en place des moyens adaptés dans les bâtiments de la Région : d’abord, un « Conseil express HQE » pour les maîtres d’ouvrage, financé à 100% par l’ADEME et l’ARENE, qu permet de mobiliser des experts pour apporter de premières recommandations (bâtiments de plus de 1000 m2). L’ARENE propose aussi des « journées personnalisées » d’information HQE, et, depuis novembre 2002, des « forums » HQE tous les 4 mois, sur des sujets précis (matériaux, risques sanitaires, certification, énergies renouvelables, etc.). A noter également la parution, en novembre 2003 d’une étude particulièrement détaillée sur « les instruments économiques et la construction durable », qui n’hésite pas à aborder les rapports entre la HQE, les futurs « permis négociables », et les assurances immobilières.
Midi-Pyrénées : une Maison de l’Environnement tous azimuths
L’ARPE (Agence Régionale de Protection de l’Environnement) est très active en matière de développement durable, et d’information auprès de tous les acteurs régionaux. Une expérience qui se concrétise par exemple sur des opérations comme « La maison éco-citoyenne » (présentée en expo depuis le début de l’année à la Maison de l’Environnement, sous l’œil bon enfant de Cyberdodo), ou le « guide de l’environnement et de la qualité dans l’habitat ». Deux innovations plus spécifiques à noter : un « réseau de villes durables » en Midi-Pyrénées, qui présente de nombreuses expériences (dont des réalisations HQE), et un guide tout récent sur la sensibilisation à l’environnement dans les stations de sports d’hiver.
L’historique de la HQE est très présent en région Nord-Pas de Calais, qui a aussi une tradition reconnue dans les Agendas 21 locaux, l’éolien, la cogénération, et même des expériences novatrices en matière d’énergie renouvelable comme Méthamine (valorisation du gaz de houille). Normal, donc, qu’une des premières REX (Réalisations Exemplaires) du plan Urbanisme Construction Architecture fut le lycée de Calais, et ses éoliennes. Le CERDD (Centre de Ressources du Développement Durable) a d’ailleurs publié en novembre 2002, avec le soutien du FEDER européen, un guide présentant les opérations de HQE dans la région. Quant à la métropole lilloise, elle a signé avec le Conseil Régional et l’ADEME une convention dans le cadre du Contrat de Plan 2000-2006, pour promouvoir la HQE, au travers de l’AEU (Analyse Environnementales d’Urbanisme). Le Conseil Régional a d’ailleurs créé, l’an dernier, n’en déplaise à l’Association HQE, une « quinzième cible » : la relation positive du bâtiment avec son environnement. C’est à la fois un sujet paysager, mais aussi, plus sérieusement, une analyse « d’empreinte écologique » complète.
La Réunion : des labels tropicaux
La Réunion a su faire fructifier son récent essor en faveur du développement durable et de la HQE. La construction « durable » se décline ici avec toutes les particularités tropicales, dont des normes environnementales de résistance aux vents cycloniques, et de lutte anti-termites. La Réunion s’est engagée dans des programmes très concrets en faveur de la HQE, avec un souci tout particulier de « labelliser » ses expériences : le label ECODOM (économies d’énergie), l’initiative PERENE (intégration de l’habitat dans le territoire), le guide APER et son cahier des charges pour les constructions bioclimatiques, le concept ultramarin de « Casa Développement Durable », etc. La technique n’est pas oubliée le long des plages, puisque 2004 marque aussi le début d’un cycle de « journées techniques du bâtiment durable », avec l’appui de l’IUT de St Pierre, spécialisé dans la conception des logements en climat tropical humide.
Une région très « branchée » sur la HQE, notamment grâce aux actions de l‘association Rhônealpénergie-Environnement, principalement orientées sur les économies d’énergie, le confort d’été, l’isolation, les énergies renouvelables, les réseaux de chaleur. Dans son programme prévisionnel de 2003, Rhônealpénergie-Environnement prévoit par exemple une « labellisation énergétique » volontaire des bâtiments existants, un soutien accru à la filière bois-énergie, et le développement d’un réseau de « chargés de la maîtrise des charges et de la qualité environnementale » dans le logement social (CMCQE). La Communauté Urbaine du Grand Lyon n’est pas en reste, puisque son Plan de Mandat 2001-2007 affiche un objectif de 50% de logements sociaux en HQE, appuyé par un cahier des charges spécifique de l’OPAC. Vaste mouvement accompagné aussi par l’Agence Locale de l’Energie, qui propose des formations HQE pour les maîtres d’ouvrage, et bénéficie de programmes européens de type SAVE pour les labellisations énergétiques des bâtiments.
Jean-Marc LEFEVRE
Président de le PCDDEI
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