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Mercredi 23 novembre 2005

QU’EST-CE QUI FAIT COURIR GAVIN NEWSOM ?

 

 

(Chapo)

 

 

En moins d’un an, le jeune maire de San Francisco a propulsé sa ville au hit-parade du développement durable. Multipliant les initiatives financières et réalistes, il accueillera cette année -entre autres- la Journée mondiale de l’environnement. Mais sous les palmiers, l’urgence fait parfois force de loi…

 

 

(Intro)

 

 

Il est, depuis janvier 2004, maire d’une ville américaine mythique : San Francisco. Ses plages, son soleil, son pont…ses tremblements de terre, ses banlieues-ghettos, et ses embouteillages chroniques. A 37 ans, issu d’une bonne famille de la Côte Ouest, il pouvait se contenter de poursuivre la carrière politique de son père, l’Honorable Juge William Newsom. Pourtant, il ne s’endort pas dans la quiétude d’un avenir tout tracé : développement durable, revitalisation des arts, lutte contre les changements climatiques, logements pour les plus démunis, aide à la création de PME-PMI. Gavin Newsom affiche très haut son ambition de « redessiner un futur » pour San Francisco, malgré les coupes sombres des budgets d’Etat (une réduction de l’ordre de 70 millions de $ par an pour la Ville). Entre show-biz et convictions, la recette a l’air de séduire.

 

 

Un futur propre et technologique

 

 

En octobre 2004, le Conseil Municipal de San Francisco adopte un « Plan stratégique pour un futur propre et technologique ». Bien plus qu’un simple recueil de bonnes intentions écologiques, il s’agit surtout de développer des outils et des moyens pour attirer les entreprises et créer des emplois. En effet, malgré sa réputation de ville « hig-tech », San Francsico perd plus de la moitié des PME-PMI qui se créent dans la ville, par manque de soutiens financiers, et surtout à cause du prix de l’immobilier, l’un des plus chers des USA.

 

 

10 axes majeurs structurent ce plan à long terme, à la fois visionnaire et pragmatique. Si les « autoroutes de l’hydrogène », où on pourra abreuver les « trucks » en carburant peu polluant paraissent un peu futuristes, les programmes ambitieux d’énergies renouvelables (premier palier de 360 MW déjà engagé) sont bien ancrés dans la réalité.  Le nouveau « directeur des technologies propres » de la ville, directement rattaché au secteur stratégique de l’économie et de l’emploi, a déjà fermé deux centrales thermiques polluantes, prévu d’équiper les stations d’épuration de la ville de récupérateurs de biogaz, et généralisé le système « d’achats verts » à l’ensemble des services municipaux. L’idée de base n’est pas seulement de servir d’exemple, mais de créer les conditions économiques suffisantes pour que se développent de « vrais marchés » des nouvelles technologies. Dans les idées à court terme, il s’agirait aussi, à l’instar de la ville de Seatlle, d’équiper l’ensemble des taxis urbains au gaz naturel, et de remplacer les vieux bus diesel par des véhicules hybrides. Les bonnes intentions ne suffisant pas, San Francisco multiplie les incitations financières, par exemple en consacrant une partie des fonds de pension gérés directement par la ville à des initiatives de développement durable (AIP : Alternative Investment Programm), et en créant un « fonds d’amorçage » pour les projets individuels de technologies propres, dotés chacun de 50 000$.

 

 

La HQE à San Francisco, une affaire qui marche !

 

 

Si la HQE a le vent en poupe à San Francisco, c’est en grande partie grâce à l’un de ses concitoyens, David Gottfried. (voir VV n° 71). Fondateur du Conseil américain « Green Building », puis de l’association internationale du même nom, Gottfried n’a pas hésité, avec le soutien de l’équipe municipale, à offrir à la ville qui abrite désormais sa société de consultants, le futur Congrès mondial de la HQE, en juin 2005, en même temps que la journée internationale du Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Et hop, une synergie de plus! Mais les « grand-messes » de l’environnement ne suffisent pas pour faire avancer les projets : c’est pourquoi, le 30 juin 2004, l’équipe municipale a pris un arrêté (City Ordinance) imposant à tous les nouveaux bâtiments publics (et les bâtiments rénovés) d’être des « green buildings ». Premières contributions exemplaires : la future université californienne des sciences, près du Golden Gate, qui ouvrira ses portes en 2007, et l’hôpital Laguna Honda, qui prévoit une extension de 1200 lits, avec une réduction de 30% de sa facture énergétique. 

 

 

San Francisco, champion du climat 

 

 

Avec ses 9, 7 millions de tonnes de CO2 par an, et ses alertes régulières à l’ozone, San Francisco s’était déjà mobilisée depuis plusieurs années en faveur de la protection climatique, en s’engageant dans le programme international « Cities for Climate Protection ». En septembre 2004, trois mois avant la 10ème Conférence des Parties à Buenos Aires, le maire franchit une nouvelle étape, en publiant son « Plan Climat ». Objectif : réduire de 20% les émissions de CO2 en 2012, par rapport à celles de 1990. Kyoto peut aller se rhabiller…Les initiatives sont à la hauteur de l’ambition : si 50% des émissions de CO2 sont provoquées par les transports, priorité est donc donnée à l’extension du célèbre tramway, avec un nouveau système GPS pour prévenir les passagers, et une sécurité renforcée dans les quartiers sensibles. L’ambition de l’ensemble des transports urbains (Muni) est d’être totalement neutre en carbone d’ici 2020. L’auto-partage est aussi à l’honneur dans les entreprises, avec des réductions de taxes professionnelles à l’appui (l’expérience ayant montré que le civisme ne suffisait pas…). Il faut dire que les californiens pratiquent ce système depuis plusieurs années, en cas d’alerte sismique.

 

 

A l’horizon 2010, tous les bâtiments municipaux devraient être alimentés en énergie renouvelable, comme le célèbre Moscone Center, palais des congrès entièrement solaire. Les 100 millions de $ d’aides municipales votées en 2001 pour les installations solaires n’ayant pas été utilisées, malgré l’existence de projets concrets, le nouveau maire de San Francisco se fait fort de leur trouver rapidement des terrains d’investissement, avec l’aide de sa Commission pour les Services Publics (PUC), et en « taxant » de 5% les fonds de garantie de la société d’hydroélectricité. Une idée qui ne devrait pas laisser indifférente notre Fédération Nationale des Collectivités Concédantes et Régies, même si les lois américaines sont un peu différentes de nos très françaises concessions.

 

 


Le programme « Passer la pointe ».

 

 

En partenariat avec Pacific Gas ans Electricity, San Francisco s’attaque aussi aux périodes de consommation énergétique « de pointe », qui obligent à surdimensionner les équipements de production : c’est le « « Peak Program ».. Là encore, des incitations financières, abondées par la ville, permettent aux clients de se fournir en thermostats de régulation ou en matériels électriques économes en énergie. Des audits thermiques gratuits sont aussi proposés à la population, et aux entreprises. Histoire d’encourager le grand public, la ville fait des promos pour le moins astucieuses : venir échanger gratuitement ses ampoules pour des basse consommation, dans le site prestigieux de l’Opéra de Bayview, c’est quand même plus motivant qu’un simple slogan « faisons vite, ça chauffe ! »

 

 

Reverdir un San Francisco plus propre

 

 

Si l’image habituelle de San Francisco est un Golden Gate plongeant dans le soleil, on entre vite, malheureusement, dans des avenues rectilignes et sans âme, de Van Ness à la 19ème, sans compter les banlieues recouvertes de graffitis et de détritus de tous genres. L’empreinte écologique générale est d’ailleurs inférieure de 9 points aux villes américaines comparables.

 

 

La priorité de la ville est donc, aujourd’hui, de recréer des espaces verts, en particulier des plantations d’arbres le long des rues. Mais pas question de replanter n’importe comment : Gavin Newsam s’attaque aux racines du problèmes.  D’abord, un trop grand nombre d’interlocuteurs (une douzaine d’agences et de services municipaux…), qui seront remplacés par un seul « Conseil urbain » des espaces verts. Un problème financier aussi : jusqu’alors, seuls les fonds municipaux étaient sollicités. En période de récession, et de réorientation, la vile a décidé de s’orienter vers des « partenariats publics-privés », à l’instar du Chicago Green Gateway Patrnership, puisque les entreprises ont aussi tout intérêt à préserver un cadre de vie agréable. Première expérience réussie avec le « partenariat de la voie express », qui a permis de planter 23 000 massifs fleuris, et 500 arbres.

 

 

Pour améliorer la coordination dans les travaux des espaces verts, et planifier la maintenance, la Ville de San Francisco a en outre adapté le système d’information géographique, Citistat, utilisé initialement par New York pour tenir la comptabilité des délits urbains…

 

 

Développer les PME PMI

 

 

Aux premières loges du développement durable, les PME-PMI (99% du tissu économique local, 15,8 milliards de $ annuels de taxe professionnelle). Aujourd’hui, la ville facilite leurs démarches de création, avec des accès possibles à des aides publiques, des financements, des stages de formation, et privilégie plus particulièrement les projets provenant des minorités ethniques, ou s’installant dans des zones difficiles. Pas de subventions disséminées, mais un fonds d’aides s’inspirant des modèles Calpers ou Mondragon, avec un large recours aux micro-crédits. Initiative très utile, quand les Nations Unies déclarent justement l’année 2005 comme « année internationale du micro-crédit »…

 

 

Priorité est aussi donnée aux PME-PMI dans les contrats de la ville, qui, les années précédentes, ne faisaient travailler que 17% d’entreprises locales. San Francisco développe également des programmes structurés « d’aide au service après-vente », pour les petites entreprises, afin de leur donner des moyens compétitifs dans la vaste économie californienne.

 

 

Sans oublier le nerf de la guerre : les paiements rapides des contrats extérieurs par la ville, notamment pour les PME, qui ont souvent des problèmes de trésorerie. On sent que le maire-entrepreneur s’est frotté au problème !

 

 

Maire et entrepreneur

 

 

Les PME-PMI, Gavin Newsom connaît bien leurs besoins, pour avoir créé, dès 1992, un astucieux réseau de « cafés branchés », les PlumpJacks, commercialisant le vin californien. Dans d’anciens bars fermés lors de la Prohibition, Newsom et ses partenaires remettent au goût du jour une ambiance délicieusement shakespearienne (PlumpJack était le nom donné par la Reine Elizabeth à Falstaff), mais aussi des traditions plus locales, comme le bar de la Sqaw Valley, avec chaudrons en cuivre et intérieur bois.. Sans oublier non plus l’empire du film : le dernier PlumJack Café semble sorti tout droit de l’improbable univers de Matrix.

 

 

Une ville poussée par l’urgence

 

 

Que l’on ne se trompe par sur les motivations du jeune maire de San Francisco : s’il accélère tant d’initiatives de développement durable, c’est que la ville, malgré ses apparences dorées, est au bord d’une chute bien plus profonde que la faille de San Andreas. Budgets municipaux restreints, population en crise ( près de 20% des habitants ne peuvent plus s’offrir d’assurance santé), insécurité grandissante pour plus de la moitié des citadins, avec une moyenne de 40 000 délits graves par an, le glamour californien s’écaille vite dans les sunlights d’une mégalopole à deux vitesses. Même la ville des arts a du mal à faire recette : avec le 3ème marché de l’art aux USA, San Francisco subit pourtant une baisse touristique de 30% par an, due en grande partie à la peur du 11 septembre, mais aussi à une réputation grandissante de ville « sale et inhospitalière ».

 

 

Quant à la scolarisation, en dehors des brillantes universités toutes proches, elle reflète bien le malaise social ambiant : en 2001, 23% des étudiants de 2ème et 3ème cycle n’assistaient pas aux cours, et 60% des familles redoutaient les effets de la délinquance à l’école. Prenant le problème à la base, encore une fois, le Conseil Municipal a lancé un vaste programme d’éducation, basé en premier lieu sur l’apprentissage de la lecture  Plus de 10 000 familles peuvent ainsi feuilleter chez elles les manuels scolaires de leurs enfants, distribués gratuitement par la ville en 8 langues différentes. L’école doit aussi devenir un lieu d’échanges et de partage, et les programmes péri-scolaires ont été renforcés, en particulier dans le domaine artistique. L’idée générale de Gavin Newsam est de développer le concept de « Dream Schools », écoles publiques ouvertes sur le monde, avec l’appui de fonds privés, permettant aux enfants un meilleur développement personnel…et surtout leur évitant, autant que possible, le dérapage vers une délinquance omniprésente.

 

 

(Conclusion)

 

 

Les problèmes qui affectent aujourd’hui San Francisco sont caractéristiques d’une grande ville américaine, autrefois florissante, et frappée par de multiples crises, sociales ou financières. Rien de nouveau sous le soleil ? Si, peut-être… Une équipe municipale qui a décidé de s’attaquer aux problèmes, avec des initiatives parfois disproportionnées selon nos échelles européennes, retaillant les guenilles d’un strass ancien pour choisir des voies nouvelles, plutôt originales au bout du compte. Mais au fait, on ne parle pas, à San Francsico, d’Agenda 21 local. Peut-être a-t-on simplement dépassé, là-bas, le stade de l’incantation pseudo-philosophique au profit de l’action de terrain, indispensable quand parle l’urgence.

Jean-Marc LEFEVRE

Président de la PCDDEI

 

 

Par LEFEVRE - Publié dans : pcddei
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Mercredi 23 novembre 2005

ECOLOGIE INDUSTRIELLE, L’AVENIR DES PORTS ?

 

Chapô

 

L’écologie industrielle, système idéal où des entreprises échangeraient leurs déchets, pour servir de matières premières et d’énergie à d’autres. Des zones « autonomes » où chaque nouvelle implantation viendrait renforcer la chaîne, et où rien ne serait perdu.  Avec leurs multiples industries pétrochimiques, les ports devraient normalement être un lieu de prédilection pour ces expériences écologiques et économiques.

 

Intro

 

Au moment où l’Association Internationale des Villes et Ports tient son congrès annuel à Lisbonne, sur le thème « Modernité et identité de la ville portuaire », on parle finalement assez peu des expériences d’écologie industrielle dans les ports. C’est pourtant là que les grandes entreprises polluantes se concentrent. L’écologie industrielle sera-t-elle la prochaine étape de la réconciliation portuaire entre croissance, protection de l’environnement, et partenariat ? Il semble qu’en France, nous n’en prenions pas le chemin…

 

L’écologie industrielle, concept ou réalité ?

 

L’écologie industrielle semble un concept prometteur : imaginons une zone dans laquelle des industriels « échangeraient » leurs déchets d’activité (vapeur, produits de raffinage, solvants, mâchefers,  etc.), pour servir de matières premières ou d’énergie à d’autres. Une sorte de « boucle » industrielle dans laquelle les produits sont recyclés et transformés.

 

Nous l’avons expérimenté, en France, dès le début des années 80, sans savoir que cette rationalité économique banale allait devenir pour certains une philosophie élitiste : ainsi, les usines Nestlé avaient trouvé un moyen efficace pour se débarrasser de leur marc de café, en l’expédiant aux champignonnières de Sablé, qui raffolent de ce compost.

 

La première zone mythique de l’écologie industrielle en Europe est la ville de Kalundborg au Danemark, dans laquelle 6 grandes entreprises ont commencé à « échanger » leurs déchets il y a plus de 10 ans. La centrale thermique alimente les autres industries en chaleur et vapeur, les traitements de désulfuration produisent la matière première nécessaire à l’usine de gypse, les cendres volantes sont récupérées dans une cimenterie, les résidus organiques vont dans des usines d’engrais. Un succès qui a d’ailleurs amené la municipalité à créer une agence de voyages spécialisée pour accueillir les futurs adeptes.

 

La zone de Kalundborg économise ainsi 25% des consommations annuelles d’eau, et plus de 20 000 tonnes de pétrole. De là à crier au miracle économique, il n’y avait qu’un pas, que les penseurs inspirés du développement durable ont allègrement franchi…On voit alors fleurir de savants néologismes, genre « métabolisme industriel », « symbiose des procédés », qui alimentent des filières universitaires en mal d’innovation ou de crédits.

 

Dans de nombreux pays, l’écologie industrielle, sans être parée de vertus planétaires, se met en place pour des raisons strictement économiques, dans les zones privilégiées que sont les ports. En effet, où trouver ailleurs une telle concentration d’activités pétrochimiques, thermiques, d’industries de transformation, que dans ces zones, qui ont par ailleurs un réseau de transports terrestres en général bien développé ?

 

Ports asiatiques : une vaste ambition internationale

 

Pendant que la France se complaît à observer d’un œil envieux les « districts italiens » (zones nées de l’économie parallèle, qui concentrent en un lieu l’ensemble des industries nécessaires à un type de production finie, comme la céramique ou les chaises…), jusqu’à en faire une priorité de la DATAR, toute l’économie asiatique se met à l’écologie industrielle avec des objectifs clairement mercantiles.

 

Une façon pour eux d’élargir la notion de certification ISO 14 000, et surtout…d’attirer des investisseurs et des grands groupes industriels dans les zones portuaires.

 

L’écologie industrielle, version haiku

 

En Chine, le port de Guigang est situé dans l’une des principales régions sucrières du pays. Le groupe industriel Guitang, propriétaire de la majeure partie de ces raffineries, connaissait un déclin constant, qui lui faisait conclure que « le sucre devenait l’empire du soleil couchant »…Dans la région de Guigang s’est donc installée une « chaîne d’écologie industrielle », qui envoie les lixiviats des usines sucrières dans des distilleries et des fabriques d’ammoniac, les déchets solides étant transformés en papier et en ciment. Un système qui fonctionne depuis plus de 5 ans, et a rapporté au groupe industriel 30 à 35 % de bénéfices supplémentaires, par la valorisation des sous-produits.

 

Le port de Dalian a choisi une autre organisation pour son écologie industrielle ; créer des « zones dédiées » dans sa périphérie : une zone pour l’ISO 14 000, une pour les transports et la logistique, une zone pour les industries pharmaceutiques, une autre pour les entreprises d’informatique, et un projet de zone spécialisée pour la pétrochimie. Le principe des échanges de l’écologie industrielle fonctionne entre toutes ces zones complémentaires.

 

Des programmes nationaux complets sont désormais en place, comme EIE Asia (Eco-Industrial Estates Asia), soutenus par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), et qui rassemblent aujourd’hui de nombreux pays asiatiques en plein développement de l’écologie industrielle. Tous les ports sont de la partie, collaborent avec l’Agence environnementale des USA, et sollicitent, pour leurs projets de zones d’écologie industrielle l’assistance méthodologique de la société d’ingénierie allemande GTZ (société d’Etat, employant plus de 10 000 personnes dans 130 pays). Une société d’ingénierie spécialisée par ailleurs dans « la gestion écologique des ports », et « l’amélioration des systèmes de commerce international». Il n’y a pas de petites coïncidences.

 

Les ports japonais ne sont pas en reste, avec la zone d’écologie industrielle de Fujisawa, les parcs technologiques de Kobuko et Kawasaki, Un mouvement largement encouragé par les Ciments Taheiyo, et l’entreprise internationale d’équipements industriels Ebara. Le Japon a un intérêt tout particulier à valoriser ses déchets, puisque, sur les 450 millions de tonnes produites annuellement, 400 millions sont des déchets industriels, dont l’incinération est sévèrement contrôlée, voire interdite, depuis la législation de 1998.

 

USA et Canada : pragmatisme avant tout

 

Aux Etats-Unis, l’écologie industrielle est l’une des voies préconisées par l’EPA (Environmental Protection Agency) pour concilier développement économique et protection de l’environnement. Dans ses différents programmes depuis 1999, l’agence américaine entend soutenir ces expériences, d’abord pour économiser l’énergie et les matières premières, puis pour constituer un avantage concurrentiel à l’export dans les zones portuaires de l’Asie et de l’Amérique du Sud. L’écologie industrielle n’est ici qu’un des outils du développement économique durable, qui complète d’autres initiatives existantes : les « Resources and Recovery Parks » (RRP), où la valorisation et le recyclage des déchets est la priorité, l’approche environnementale « produits » (Product Stewarship), la réduction globale des matières premières (Greening the Supply Chain), etc.

 

Le Canada applique la même politique réaliste. Son réseau national de l’écologie industrielle (CEIN: Canadian Eco-Industrial Network) est soutenu par les Ministères de l’Industrie et de l’Environnement, des collectivités locales pilotes, mais aussi des consultants privés, spécialistes des systèmes industriels. Il a même été créé, pour ces projets, une ONG d’appui, le Conseil du développement Eco-Industriel (EIDC). Militants du ragondins à poils soyeux, s’abstenir : l’écologie industrielle, au Canada, est d’abord une affaire d’avantages économiques..

 

L’Europe à la croisée des chemins

 

Passée la vague d’enthousiasme version Kalundborg, l’Europe de l’écologie industrielle semble s’endormir sur ses lauriers, malgré de grandes théories, diffusées notamment par le Wupperthal Institute en Allemagne. On se rabat parfois sur des industriels tous surpris, comme dans la province autrichienne de Styrie, leur apprenant que les échanges de déchets qu’ils pratiquent depuis de nombreuses années font partie du club très fermé des afficionados de l’écologie industrielle. Sans doute n’avaient-ils jamais entendu parler des envolées lyriques de la Fondation pour le Progrès de l’Homme.

 

Pourtant, l’écologie industrielle va peu à peu revenir au goût du jour, dans les ports de l’UE. D’abord pour des raisons économiques, de développement terrestre et de trafic, mais aussi avec des directives environnementales de plus en plus précises : en 1996, sur la protection de l’eau dans les ports, en 2001 sur les accès aux services portuaires, en 2003 sur la gestion des déchets des navires. Un vaste programme est engagé par la Commission, sous le nom de l’ECEPA (Environmental Challenges for European Port Authorities), transformé en 2003 en « projet eco-port », et doté de 2,7 millions d’€. Rien à voir avec le projet LIFE du (presque) même nom sur le Port du Havre, qui s’intéresse exclusivement aux échanges informatisés des données pour les transporteurs de fret. Détail troublant : dans le nouveau projet européen « éco-port », point de ports français…

 

Des ports anglais sous le vent de l’écologie industrielle

 

Le NISP anglais (National Industrial Symbiosis Programme), créé en 2003 en faveur des zones d’écologie industrielle, a un bel avenir devant lui. Recommandé par le DEFRA (Ministère de l’environnement anglais), soutenu par le WBCSD, et sponsorisé par la Fondation Onyx, grand pourvoyeur de solutions « déchets », le NISP affiche déjà, en un an, le « recyclage » de plus de 200 000 tonnes de déchets sur des zones industrielles et portuaires, et une économie de 100 000 tonnes de gaz à effet de serre.

 

Dans sa « base de données » internet de matériaux à « échanger », le NISP, conforté par une participation gouvernementale de  100 millions de £ a déjà un million de tonnes de déchets valorisables en stock.

 

Le NISP a établi ses zones de prédilection…près des ports ! Le long de la rivière Humber, où deux raffineries et des industries chimiques échangent leurs sous-produits, sur les quais de la région de Mersey, où se valorisent les déchets de potassium, fluor et sodium, ou encore dans les ports écossais qui abritent les premières synergies réussies entre des centrales thermiques, des cimenteries et des producteurs de gypse.

 

La France, lanterne rouge…

 

Nous avons des ports, nous avons des idées…mais nous n’avons pas de zone d’écologie industrielle digne de ce nom !

 

Une première expérience, à la fin des années 90, a tenté de se mettre en place, dans la périphérie du port de Dunkerque. Industriels motivés, synergies potentielles (comme les déchets de son de moutarde pouvant être méthanisés pour faire de l’énergie), création d’une première association pour porter le projet…tout semblait de bonne augure. Mais les élections ont changé le paysage politique de la région et réduit le projet à sa portion congrue…

 

L’effondrement du soutien politique local, et l’absence de compétences technologiques spécifiques, ont finalement affaibli la participation industrielle, et conduit à l’effritement général de cette initiative, très vite engluée dans les poncifs idéologiques habituels (« dématérialisation », « décarbonation », et toutes le vieilles recettes du facteur 4 ou du facteur 10).

 

Dans la foulée, le Conseil Régional de la Guadeloupe, fort de son projet « d’Agenda 21 régional », envisage de mettre en place une zone d’écologie industrielle sur la ville de Bouillante. En effet, l’usine géothermique, alimentée par les sources chaudes de la Soufrière, rejette tranquillement à la mer des quantités importantes d’eau surchauffée. Une aubaine pour transformer ces effluents…en froid industriel, indispensable pour conserver la production bananière de l’île ! Las ! l’Agenda 21 régional bat de l’aile par manque manifeste de soutien politique. Se greffe ensuite un désastreux projet de construction d’une centrale thermique en plein cœur d’une zone protégée (Port Louis…encore un port !), et le projet d’écologie industrielle de Bouillante disparaît sur un air de biguine.

 

Nouvelle initiative : près du Havre, dans la zone industrielle de Lillebonne. la « Cité des Matières » affiche son ambition de devenir « le pole français de l’écologie industrielle ». Vaste programme… qui se résume pour l’instant à de sympathiques colloques pour initiés, et au projet de sauvegarde de l’abbaye du Valasse !

 

Si la volonté de développer des réflexions et échanges, ou de faciliter la culture scientifique du grand public est certes louable, elle ne va pas jusqu’à mettre en œuvre de véritables projets industriels, dont Port 2000 et la Vallée du Commerce auraient sans doute bien besoin. Et la première « grand messe » de l’écologie industrielle en Haute-Normandie, en septembre 2004, se passe à l’INSA de Rouen. Les rivalités de clocher auraient-elles disparu sous le grand souffle réunificateur de l’écologie industrielle ? Le Havre a pourtant des partenariats historiques avec le Canada, et un jumelage avec la ville de Dalian, qui pourraient l’inspirer efficacement pour un vrai programme d’écologie industrielle.

 

Conclusion

 

A quand un sursaut portuaire français pour les zones d’écologie industrielles ? Devrons-nous longtemps continuer à brandir des théories éparpillées au gré de multiples colloques ? Nous débattre face à l’inéluctable déclin économique de nos régions post-industrielles? Essayer la danse du ventre auprès d’investisseurs étrangers ? Ou, tout simplement, avoir confiance dans le dynamisme de certaines de nos communes?  N’oublions pas que nous possédons, en France, une « exception culturelle » qui peut être à double tranchant : si l’écologie industrielle passe d’abord par des « tuyaux » d’échanges, ceux-ci appartiennent chez nous, par le pouvoir de l’autorité concédante, aux collectivités locales. En ont-elles conscience ?

 

Par LEFEVRE - Publié dans : pcddei
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Mercredi 23 novembre 2005

MICRO-CREDIT, MAXI-DURABLE ?

 

(Chapô)

 

2005 est l’année internationale du micro-crédit selon les Nations-Unies. Micro-finances, micro-prêts ou micro-assurances, initiatives généralement associées aux pays les plus pauvres, aux minorités les plus fragiles. Mais le micro-crédit a plusieurs modes d’application, en particulier dans les pays industriels, et depuis 1999 et 2003, des réseaux européens, comme le REM.

 

(Intro)

 

La micro-finance, c’est-à-dire l’accès aux financements pour les habitants les plus pauvres, afin qu’ils puissent participer à l’économie de leur pays, est une idée lancée en 1976 au Bengladesh, par Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank, principal organisme mondial de micro-crédit. Objectif : pouvoir atteindre les 100 millions de familles largement en dessous du seuil de pauvreté, qui n’ont pas accès aux prêts bancaires classiques, en leur offrant des systèmes de pré-financement pour établir leur activité 

 

Micro-finance, quelle(s) définitions(s) ?

 

Si on se réfère aux expériences du Programme des Nations Unies pour le Développement, ou de la Banque Mondiale, la micro-finance est un instrument principalement destiné aux populations pauvres, c’est-à-dire aux 20% de personnes vivant avec moins de 1 $ par jour. Cet apport initial, qui peut se faire sous la forme de micro-crédit, micro-assurance, ou micro-épargne, va en général de 25 à 1000 $ au maximum, avec des taux d’intérêt particulièrement élevés (entre 30 et 50%). Cette caractéristique a souvent été décriée par les associations caritatives, qui n’hésitent pas à parler de « taux d’usure ». Pourtant, le succès de ce type de micro-crédit ne se dément pas, puisque le nombre d’emprunteurs augmente régulièrement de 30% par an depuis 5 ans, avec des taux de remboursement de l’ordre de 97%, et plus de 10 000 IMF (Institutions de micro-finance) dans le monde pourraient normalement répondre aux 30 millions de demandeurs potentiels.

 

Cette définition, cependant, connaît aujourd’hui de nombreux détracteurs, qui affirment, chiffres à l’appui, que les crédits inférieurs à 100 $ US ne créent que rarement des PME viables (moins de 3% des cas), et qu’ils ne servent, en fait, qu’à améliorer la situation sociale des bénéficiaires, en leur donnant les moyens nécessaires pour satisfaire leurs besoins de première nécessité. Ce n’est déjà pas si mal, mais les véritables processus de croissance ne se déclenchent, d’après les expériences en cours, que pour des crédits de plus de 5000 $.

 

Quant aux taux d’intérêt si élevés, les IMF les justifient par le fait qu’ils doivent non seulement inclure le coût des intérêts bancaires, mais aussi la participation à un fonds de couverture du risque. Des taux d’intérêt plus bas, conformes à un système bancaire occidental traditionnel, nécessitent des aides extérieures, des soutiens locaux, bref une structure et une organisation plus proches de l’entreprenariat que de l’économie strictement endogène et solidaire.

 

De la même manière, les pourvoyeurs de micro-finances ont aussi leurs caractéristiques propres, en fonction de leurs clients et de leurs stratégies. On trouve désormais, en plus des grands IMF déjà connus, des caisses locales d’épargne (souvent mutualistes), qui visent essentiellement le développement des activités traditionnelles ou de quartier. Certaines de ces organisations, comme les CONFIDI en Italie, les caisses Desjardins au Canada, les caisses Raiffeisen en Allemagne, se sont regroupées en systèmes nationaux et internationaux, pour mieux mutualiser les risques, et profiter de certaines opportunités dans les garanties bancaires (comme, par exemple, le MAP européen, programme pluri-annuel de garantie pour les entreprises et l’esprit d’entreprise, géré avec succès par le Fonds européen d’investissement).   

 

Le domaine très « solidaire » du micro-crédit semble aussi, très naturellement, un champ d’action privilégié pour les ONG et les Fondations, proches des bénéficiaires et désireuses de les aider à progresser, en même temps que diminuaient les dons de l’aide internationale. Plusieurs de ces fondations ont d’ailleurs mis au point des systèmes de garanties bancaires très efficaces, à l’exemple de la Fondation RAFAD à Genève, d’ACCION aux USA, ou de FUNDES en Amérique Latine. Le principe est simple : constituer un fonds en monnaie forte, et l’investir dans une banque internationale qui accordera une garantie à la banque locale, couvrant ainsi partiellement le risque du micro-crédit.  

 

Les différentes appréciations du micro-crédit, selon les pays et les populations touchées, montent donc à l’évidence que l’évolution économique mondiale tend à « professionnaliser » ce micro-crédit, afin d’en garantir son efficacité, et sa pérennité…y compris pour les organismes gestionnaires. De nombreuses ONG, selon les spécialistes de ce type de financement, ont prêté sans véritables garanties bancaires, ou sans suivi rigoureux des remboursements, et ont finalement conduit à des situations catastrophiques, en confondant « dons » et « prêts », à l’aulne de bons sentiments compréhensibles, mais bien peu efficaces au bout du compte..

 

Des « districts italiens » aux « Confidi » de garantie

 

L’économie solidaire, l’Italie connaît bien. Ses « districts industriels », nés des regroupements familio-régionaux ont servi d’exemples depuis plusieurs années -parfois à tort, car les conditions nécessaires à leur réussite ne sont pas forcément reproductibles. Pas étonnant, donc, que les micro-financements pour entreprises aient suivi la tendance générale, avec la création, dès 1957, des « Confidi », ces sociétés financières mutualistes, qui apportent aujourd’hui un cautionnement bancaire à environ 900 000 entreprises italiennes.

 

Comme le précisent leurs adhérents, la législation nationale, « en évitant de donner un encadrement clair aux CONFIDI, leur a conservé leur dynamisme et leur originalité »…Il existe ainsi aujourd’hui en Italie, quelques 600 CONFIDI, largement appuyées par les Régions, qui les dotent de fonds de garantie de risque. La couverture générale des prêts aux entreprises est de 50% en moyenne, en partage avec la banque, avec une faible commission (de l’ordre de 1%). Les statistiques sont impressionnantes : ensemble, les CONFIDI regroupent plus de 1 milliard d’€ de fonds propres.

 

Les CONFIDI se partagent aujourd’hui plusieurs secteurs de l’économie, en fonction de leurs compétences : l’artisanat (Fedart Fidi), la petite industrie (Fincredit Confapi), le tourisme, le commerce des services, etc.

 

La micro-finance en Europe : une évolution contrastée

 

Comme dans les pays les plus pauvres, la micro-finance européenne a connu son essor à partir des populations « exclues ». Pas étonnant, par exemple, que cet instrument économique ait connu un tel succès dans les anciens pays communistes d’Europe centrale et de l’Est, qui ont accumulé en 5 ans près de 1,7 millions d’emprunteurs pour ce type de financement, soit une croissance de 30% par an.

 

D’une manière plus générale, la micro-finance européenne, ces dernières années, a surtout été un moyen pour les institutions financières d’aider au démarrage de PME-PMI (93% des PME-PMI européennes sont des micro-entreprises), qui n’ont pas, en général, accès directement aux services bancaires traditionnels. Mais on constate, dans ce cas, qu’il s’agit davantage de combler de manière ponctuelle les manquements d’un système bancaire traditionnel, avec des prêts pouvant aller jusqu’à 25 000 €. La micro-finance européenne doit, dans les prochaines années, se combiner avec d’autres mesures d’accompagnement, si elle veut atteindre une taille critique, et ne pas se reposer essentiellement sur du bénévolat ou des services non-financiers pour assurer sa pérennité.

 

On est donc, en Europe, dans un système assez éloigné, par ses modalités, des institutions de micro-finances caractéristiques des pays pauvres. Comme l’a souligné l’UE, lors de la conférence européenne du micro-crédit en septembre 2004, « la micro-finance doit être avant tout un outil pour promouvoir et soutenir l’esprit d’entreprise ». Ce n’est donc pas un hasard si les politiques européennes de micro-crédit sont principalement portées par la DG Entreprises, qui constate que, malheureusement, 50% des nouvelles PME ne survivent pas plus de 5 ans après leur création. En octobre 2004, les professionnels de la micro-finance ont souhaité officiellement que les règles juridiques, fiscales et réglementaires soient assouplies, pour faciliter l’accès des entreprises aux micro-crédits, en soulignant par ailleurs que les différents modes d’appui européens (notamment par le biais des programmes d’initiatives communautaires -PIC-) devraient venir en synergie avec les efforts du programme MAP d’aide aux PME. Dans une Europe qui s’élargit, il est clair que les multiplies cheminements des aides possibles aux entreprises ont une tendance très technocratique à s’emberlificoter !  Dans une enquête de 2003 auprès de ses adhérents, la BDPME avait d’ailleurs constaté que 84% des PME françaises ignoraient les possibilités d’aides européennes.

 

Solidarité ou entreprenariat ? Pas toujours simple à concilier !

 

L’Europe semble donc privilégier deux voies finalement complémentaires : d’abord, des micro-crédits de type « solidaire », principalement portés par deux grandes ONG, l’ADIE en France (Association pour le droit à l’initiative économique), et le Prince’s Trust en Angleterre (pays qui compte d’ailleurs un secteur d’ONG financières particulièrement actif, regroupées sous l’égide du CDFI -Community Development Finance Institutions). Et, en parallèle, ce qui n’est pas contradictoire, des programmes soutenus d’aide aux PME-PMI, par exemple celles qui innovent dans des domaines environnementaux (programme ETAP), ou celles qui sont originaires des nouveaux Etats membres (programmes PHARE par exemple). C’est d’ailleurs tout le sens de la Charte européenne des petites entreprises, officialisée par l’UE en 2000.

 

Si les aides aux PME PMI relèvent bien de la logique du processus de Lisbonne, la micro-finance est aujourd’hui en Europe, un exercice plus nouveau, qui doit trouver sa place dans un continent industrialisé, intégrant aussi de nombreuses « économies grises ».  

 

Caractériser la micro-finance en Europe

 

Une étude conjointe NEF et EMN en 2004 en Europe de l’Ouest montre certaines caractéristiques de la micro-finance version pays industrialisés.

 

La plupart des organismes européens de micro-finance, qui ont en général moins de 4 ans d’existence, opèrent d’abord sur le plan local, et non national. Les critères personnels d’évaluation priment devant les critères d’affaires, avec un montant de prêt moyen d’environ 12 000 €, et un taux d’intérêt de 8%. Les IMF en Europe fournissent des prêts au travers du secteur bancaire traditionnel, mais le secteur privé a tendance à accroître son rôle, notamment en soutenant le capital, plutôt que les coûts de revenu des micro-crédits

 

Les micro-emprunteurs sont principalement anglais ou allemands (là, d’ailleurs, où le micro-crédit est moins encadré par des institutions nationales). Par contre, c’est en France que l’activité de micro-crédit est la plus structurée, ave un organisme (l’ADIE), qui concentre plus de la moitié des initiatives (23 000 micro-entreprises financées par l’ADIE depuis sa création en 1989, et plus de 10 000 emprunteurs affiliés).

 

C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’a été créé, en avril 2003, après une invite pressante de l’UE, le REM (Réseau européen de la micro-finance), par l’ADIE (Association pour le Droit à l’Initiative Economique) française, le NEF (New Economics Foundation) anglais, et l’organisme allemand E&J. Le REM favorise le travail en réseau, le partage d’expériences, et comptait, fin février 2005, 30 structures membres dans 15 pays européens.  Le REM rejoint d’ailleurs dans certains de ses objectifs le réseau NEFI (Réseau des établissements financiers d’Europe), établi en 1999 par 10 établissements financiers publics (dont la BDPME en France, et l’ALMI en Suède), plus orienté vers les PME (115 000 entreprises aidées, pour 23 milliards d’€ au total). Les anciens pays d’Europe de l’Est ont aussi développé depuis 1997 leurs propres structures de micro-finance, notamment dans le réseau MFC (Microfinance Center), qui tiendra sa prochaine conférence en mai à Bucarest. Mais, dans ces nouveaux Etats membres, les problèmes du micro-crédit restent spécifiques, puisque celui-ci touche principalement une population de « nouveaux pauvres », d’un niveau culturel élevé, avec des instituions financières souffrant de sous-capitalisation de leurs actifs, et ayant du mal à passer d’un encadrement d’Etat coercitif à une économie dans laquelle près de 88% des banques sont aujourd’hui détenues par des capitaux étrangers.

 

Echanger, benchmarker, coter

 

En « s’industrialisant », les organismes de micro-crédit, et les produits qu’ils proposent, n’échappent pas aux cotations les plus diverses. Ainsi, en 2002 se crée le MIX (Microfinance Information eXchange), plate-forme d’échanges et d’information sur les micro-crédits, à l’initiative de l’UNCTAD (Département Commerce et Développement des Nations Unies), de la CGAP (Consultative Group to Assist the Poor), de CityGroup et du Rocksdale Institute.

 

Le MIX, qui a définitivement séduit l’UE en septembre 2004,  vise également à créer et consolider un « Fonds de notation » des Institutions de Micro-finance (IMF), garantissant leurs performances, rendant possibles les comparaisons de résultats, pour inciter les futurs investisseurs, et assurant ainsi une meilleure transparence des mécanismes de prêts. On retrouve d’ailleurs dans cette initiative, et pour les mêmes raisons, celle qui avait guidé la Banque Interaméricaine de Développement, deux ans auparavant. Aujourd’hui, le MIX Market regroupe 409 institutions de micro-finance, 53 investisseurs, et 108 partenaires extérieurs. On semble, finalement, de plus en plus loin du prêt de quelques centaines de dollars destiné à faire subsister un commerce traditionnel dans un village d’Afrique : pourtant, les expériences réussies de micro-crédit, même si elles ont des taux de remboursement exceptionnel, doivent aussi, pour se généraliser comme le souhaitait en 1997 le 1er Sommet de la Micro-finance à Washington, s’adosser sur des structures de suivi plus professionnelles, pour faire reconnaître leur existence à part entière, et contribuer à alléger les contraintes institutionnelles qui demeurent encore trop présentes.

 

Typologie des « micro-financés »

 

La Banque asiatique de développement (ADB), qui pratique le micro-crédit depuis de nombreuses années, classe les porteurs de projets en trois catégories :

 

- les « business-anticipateurs » : ils intègrent très rapidement la sphère commerciale dans leurs activités, se concentrent d’abord sur leurs clients, avant d’attendre indéfiniment des sponsors institutionnels, et cherchent leur propre indépendance. On trouve dans cette catégorie de plus en plus de projets, qui demandent en fait assez peu de subventions, mais se heurtent parfois à la suspicion de la part des ONG « militantes » : vouloir à ce point d’émanciper des soutiens humanitaires jette une ombre de malthusianisme mal digéré. Ils sont pourtant les micro-entrepreneurs les plus courtisés des banques de développement.

 

- les « mi-parcours » : ils comprennent bien la valeur économique du micro-crédit, mais conservent encore leurs anciennes pratiques, typiquement solidaires. Trop souvent, encore, leurs structures professionnelles sont peu développées, et ils se reposent assez largement sur les aides internationales ou gouvernementales.

 

- les « réfractaires » : ils rejettent le principe même de la valeur commerciale du micro-crédit, généralement par manque de confiance envers leurs propres institutions gouvernementales ou financières. A priori, ils restent attachés exclusivement à des valeurs de solidarité traditionnelle, et devraient disparaître dans la grande tourmente de la mondialisation.

 

CIGALE et PFIL, des exceptions culturelles ?

 

Dans ce grand mouvement international de la micro-finance, on a souvent un peu tendance à oublier deux initiatives typiquement françaises, qui n’obéissent pas forcément aux mêmes règles que les IMF, mais qui ont prouvé leur efficacité sur le terrain.

 

Les PFIL (Plate-forme d’Initiative Locale) sont des « tremplins » locaux d’aide à la création de très petites entreprises. Ce système créé en 1981, qui s’appuie à la fois sur le « parrainage » des institutions locales et des grandes entreprises, offre aux porteurs de projets à la fois un soutien méthodologique adapté au terrain, et un « prêt d’honneur », dont le montant moyen est d’environ 7000 €, à taux très faible -ce qui est en fait l’inverse de la philosophie des IMF classiques-. L’intérêt de la PFIL est essentiellement de mobiliser une multiplicité d’acteurs régionaux, de financeurs, d’experts, dont aucun ne peut seul détenir la majorité dans les instances de décision, ou dans la composition des fonds alloués.  En 2000, France Initiative Réseau (FIR) qui regroupe aujourd’hui plus de 250 PFIL, affichait 7400 projets soutenus, 5700 prêts d’honneur acceptés, et près de 12600 emplois créés.

 

Dans la catégorie « butine en silence, mais fait son miel », on peut aussi citer les CIGALE, ces « Clubs d’Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Epargne Solidaire ». Le mouvement, créé en 1983, compte une centaine de clubs actifs dans toutes la France ; leur philosophie générale est de ne pas octroyer de prêts aux créateurs d’activité, mais de participer à leur capital, ou d’apporter une part du fonds de roulement en compte courant d’associés. Depuis quelques années, les CIGALE s’intéressent aussi aux 16-25 ans, avec un outil de sensibilisation à l’économie solidaire de projet, nommé MESANGE.

 

(Conclusion)

 

Pour que la micro-finance devienne « maxi-durable », elle doit s’adapter à la fois aux populations qu’elle touche, mais aussi garantir aux investisseurs un taux de recouvrement acceptable. Cette année 2005, consacrée « année du micro-crédit », devrait ainsi conforter, pour les populations fragiles, les ambitions portées par les Objectfs Du Millénaire (ODM). Mais il lui reste aussi un défi bien plus ambitieux à relever : trouver de nouveaux mécanismes, plus proches des économies occidentales, pour éviter que le « limes » de la paupérisation et du découragement ne vienne s’étendre à des continents peu préparés à des formes de croissance alternatives, risquant peut-être alors d’alimenter les « nouveaux barbares » du micro-crédit …

Jean-Marc LEFEVRE

Président de la PCDDEI

 

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Mercredi 23 novembre 2005

VOYAGE EN « HQE-LAND »

 

Certaines collectivités locales, ou Conseils Régionaux ont déjà mis en place des politiques d’aides à la HQE, soutenues par des associations, des Agences Locales de l’Energie, des Agences Régionales de l’Environnement (lorsqu’elles existent), et en partie financées par des partenaires institutionnels ou privés. Un bilan actuel assez disparate, qui va sans doute se modifier à l’aulne du nouveau paysage politique régional.

 

Alsace : l’européenne la mieux structurée

 

L’Alsace est la seule région française à posséder depuis 1997 une agence « spéciale HQE », Alsace Qualité Environnement, créée à l’initiative d’Andrée Buchmann. L’AQE réalise de nombreux documents pédagogiques (cahiers de la Qualité Environnementale, mode d’emploi à l’usage des maîtres d’ouvrage, annuaire des acteurs de la HQE, etc.), organise des réunions et voyages d’études pour les adhérents, et s’illustre aussi dans des projets européens Interreg, comme celui du Rhin supérieur (« Construire et planifier dans la perspective du développement durable »). La dimension financière n’est pas oubliée, puisque l’AQE s’attache à mettre en place des « prêts bonifiés » pour la HQE avec la Banque Populaire du Haut-Rhin, déjà connue pour sa signature, dès 1992, des accords financiers du PNUE, et son financement Prévair, «spécial développement durable ».

 

Aquitaine : place à l’éducation et aux loisirs

 

Grandes manoeuvres HQE en Région Aquitaine, qui propose d’abord une assistance à la maîtrise d’ouvrage, en particulier (ce qui est assez original), un « CCTP-type HQE » pour les collectivités locales. Une démarche globale, soutenue par le réseau IDEA (Information sur le Développement Environnemental en Aquitaine), association créée par le Conseil Régional en 1999. La Région développer aussi des initiatives nouvelles,  comme le réseau « Eco-Campus », développé par l’Université Bordeaux I depuis plus de 6 ans, avec le soutien du Fonds Français pour l’Environnement Mondial. Un programme à la fois d’enseignement, de transfert de technologies « propres », de construction HQE, dans tous les secteurs du bâtiment, appuyé sur des laboratoires spécialisés, et deux réseaux internet, « Ecoweb », pour le suivi des consommations d’eau, d’énergie et le traitement des déchets, et « EcoCrous », appliqué à la gestion de la cité universitaire. L’engagement de la Région vient aussi, cette année, de bénéficier d’un financement européen LIFE (400 000 €), dans le cadre du projet  Ecocamps, où la HQE s’appliquera aux bâtiments des campings. Tourisme et loisirs toujours, avec l’inauguration, en novembre dernier, de la « première piscine olympique HQE » française à Villeneuve d’Oron, en partenariat avec Gaz de Bordeaux..

 

Haute-Normandie : avis de grand calme sur la HQE !

 

La Haute-Normandie reste aujourd’hui quasi muette sur les opérations HQE. Tout au plus, son Agence Régionale, l’AREHN vient-elle de faire paraître en juillet dernier, un « guide sur la climatisation », qui fait suite à quelques dossiers presque exclusivement consacrés aux économies d’énergie. La Région a sans doute d’autres préoccupations écologiques, dont les paysages naturels, le transport, les infrastructures, et la pollution industrielle, etc. Pourtant, on peut regretter que la « culture HQE » n’ait pas eu droit, pour l’instant, à un grand souffle de l’air du large ! Il faut dire que, lorsque des bâtiments neufs, pour le moins emblématiques comme la nouvelle CCI du Havre, ne semblent pas avoir eu l’idée d’un simple « cahier des charges HQE » structuré, il n’est pas étonnant que les initiatives régionales soient un peu difficiles à faire émerger…Renseignements pris, les futurs locaux de la CCI « tendront » vers la HQE. Aurait-on inventé au Havre la « cible virtuelle » de la HQE ?

 

Ile-de-France : une longue expérience

 

L’ARENE Ile-de-France a été présente, dès le début, dans la démarche HQE, grâce notamment à l’un de ses premiers directeurs, Dominique Bidou, qui avait porté l’Association HQE nationale sur ses fonds baptismaux. Malgré une première expérience très controversée de HQE au lycée Maximilien Perret, l’ARENE a rapidement mis en place des moyens adaptés dans les bâtiments de la Région : d’abord, un « Conseil express HQE » pour les maîtres d’ouvrage, financé à 100% par l’ADEME et l’ARENE, qu permet de mobiliser des experts pour apporter de premières recommandations (bâtiments de plus de 1000 m2). L’ARENE propose aussi des « journées personnalisées » d’information HQE, et, depuis novembre 2002, des « forums » HQE tous les 4 mois, sur des sujets précis (matériaux, risques sanitaires, certification, énergies renouvelables, etc.). A noter également la parution, en novembre 2003 d’une étude particulièrement détaillée sur « les instruments économiques et la construction durable », qui n’hésite pas à aborder les rapports entre la HQE, les futurs « permis négociables », et les assurances immobilières.

 

Midi-Pyrénées : une Maison de l’Environnement tous azimuths

 

L’ARPE (Agence Régionale de Protection de l’Environnement) est très active en matière de développement durable, et d’information auprès de tous les acteurs régionaux. Une expérience qui se concrétise par exemple sur des opérations comme « La maison éco-citoyenne » (présentée en expo depuis le début de l’année à la Maison de l’Environnement, sous l’œil bon enfant de Cyberdodo), ou le « guide de l’environnement et de la qualité dans l’habitat ». Deux innovations plus spécifiques à noter : un « réseau de villes durables » en Midi-Pyrénées, qui présente de nombreuses expériences (dont des réalisations HQE), et un guide tout récent sur la sensibilisation à l’environnement dans les stations de sports d’hiver.

 

Nord-Pas de Calais : la HQE s’implante au pays des « ch’tis »

 

L’historique de la HQE est très présent en région Nord-Pas de Calais, qui a aussi une tradition reconnue dans les Agendas 21 locaux, l’éolien, la cogénération, et même des expériences novatrices en matière d’énergie renouvelable comme Méthamine (valorisation du gaz de houille). Normal, donc, qu’une des premières REX (Réalisations Exemplaires) du plan Urbanisme Construction Architecture fut le lycée de Calais, et ses éoliennes. Le CERDD (Centre de Ressources du Développement Durable) a d’ailleurs publié en novembre 2002, avec le soutien du FEDER européen, un guide présentant les opérations de HQE dans la région. Quant à la métropole lilloise, elle a signé avec le Conseil Régional et l’ADEME une convention dans le cadre du Contrat de Plan 2000-2006, pour promouvoir la HQE, au travers de l’AEU (Analyse Environnementales d’Urbanisme). Le Conseil Régional a d’ailleurs créé, l’an dernier, n’en déplaise à l’Association HQE, une « quinzième cible » : la relation positive du bâtiment avec son environnement. C’est à la fois un sujet paysager, mais aussi, plus sérieusement, une analyse « d’empreinte écologique » complète. 

 

La Réunion : des labels tropicaux

 

La Réunion a su faire fructifier son récent essor en faveur du développement durable et de la HQE. La construction « durable » se décline ici avec toutes les particularités tropicales, dont des normes environnementales de résistance aux vents cycloniques, et de lutte anti-termites. La Réunion s’est engagée dans des programmes très concrets en faveur de la HQE, avec un souci tout particulier de « labelliser » ses expériences : le label ECODOM (économies d’énergie), l’initiative PERENE (intégration de l’habitat dans le territoire), le guide APER et son cahier des charges pour les constructions bioclimatiques, le concept ultramarin de « Casa Développement Durable », etc. La technique n’est pas oubliée le long des plages, puisque 2004 marque aussi le début d’un cycle de « journées techniques du bâtiment durable », avec l’appui de l’IUT de St Pierre, spécialisé dans la conception des logements en climat tropical humide.

 

Rhône-Alpes : économies d’énergie à l’honneur

 

Une région très « branchée » sur la HQE, notamment grâce aux actions de l‘association Rhônealpénergie-Environnement, principalement orientées sur les économies d’énergie, le confort d’été, l’isolation, les énergies renouvelables, les réseaux de chaleur. Dans son programme prévisionnel de 2003, Rhônealpénergie-Environnement prévoit par exemple une « labellisation énergétique » volontaire des bâtiments existants, un soutien accru à la filière bois-énergie, et le développement d’un réseau de « chargés de la maîtrise des charges et de la qualité environnementale » dans le logement social (CMCQE). La Communauté Urbaine du Grand Lyon n’est pas en reste, puisque son Plan de Mandat 2001-2007 affiche un objectif de 50% de logements sociaux en HQE, appuyé par un cahier des charges spécifique de l’OPAC. Vaste mouvement accompagné aussi par l’Agence Locale de l’Energie, qui propose des formations HQE pour les maîtres d’ouvrage, et bénéficie de programmes européens de type SAVE pour les labellisations énergétiques des bâtiments.

Jean-Marc LEFEVRE

Président de le PCDDEI

 

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Mercredi 23 novembre 2005
Le Chicago Climate Exchange (CCX) : un modèle américain d’échanges de permis

 

 (Chapô)

 

 

Réfractaires au Protocole de Kyoto, les américains ? Pas tant que cela, puisque, depuis maintenant deux ans, ils expérimentent un modèle opérationnel d’échanges de droits d’émissions CO2 à Chicago : le Chicago Climate Exchange (CCX).

 

 

(Intro)

 

 

Créé à titre expérimental en 2001, et officialisé à l’automne 2003 –juste à temps pour s’afficher à la Conférence des Parties à Milan-,  le Chicago Climate Exchange. est en fait un système financier d’échanges de permis d’émissions entre des industriels, des collectivités locales et des exploitants agricoles, sur une base strictement volontaire.  Ce système permet à ses adhérents de recevoir des crédits pour leurs réductions d’émission, d’en vendre ou d’en acheter afin de parvenir aux moyens les plus économiques pour atteindre les réductions fixées.

 

 

Une façon de se préparer aux opportunités économiques du Protocole de Kyoto…sans pour autant en signer les obligations parlementaires.

 

 

Savoir prendre le créneau au bon moment…

 

 

Enfant de Brooklyn, professeur d'économie, Richard Sandor imagine dès 1991 le marché des crédits d’émission de SO2 aux Etats-Unis. En 1993, il fonde une agence de conseil et de trading, spécialisée dans la création de produits financiers environnementaux. En 2001, la Fondation américaine Joyce lu attribue une donation de 347 000 dollars pour jeter les premières bases d'un marché du CO2 dans le Midwest : ce sera le Chicago Climate Exchange.

 

 

L’objectif du CCX est triple :

 

 

-          démontrer que l’échange de permis d’émission permet de réductions réelles, sans entamer la compétitivité des entreprises ;

 

 

-          déterminer les prix standard des échanges sur un marché libéralisé, en utilisant toutes les possibilités des mécanismes de flexibilité :

 

 

-          élaborer un cadre général de transactions, qui puisse être reproduit dans d’autres pays industrialisés.

 

 

Le CCX permet d’échanger non seulement des permis de CO2, mais aussi d’autres gaz à effet de serre (comme le méthane), dont les émissions sont converties en tonnes-équivalent carbone selon les indications du Groupe Interministériel d’Etude des Climats (GIEC).

 

 

L’échange des crédits s’opère principalement entre les industriels émetteurs, les sociétés agricoles et forestières (qui, elles, bénéficient de « crédits » non plafonnés au titre de la séquestration du gaz carbonique par les végétaux), les différents projets d’énergies renouvelables, et l’export de nouvelles technologies au Mexique et au Brésil, afin de bénéficier des fameux « mécanismes de développement propre » (CDM). Tous les aspects des « flex-mex » de Kyoto sont donc testés, en réel, sur une échelle contrôlable, jusqu’à la récupération du biogaz de la décharge municipale.

 

 

Tout fonctionne comme un véritable système de « permis d’émissions », avec des transactions sur une plate forme internet, des fonds de garantie, des modes de « placements financiers » des autorisations, etc. Au total, 200 000 tonnes de carbone on été ainsi « monétarisées » avec succès dès la première année de test

 

 

Des partenaires multiples et motivés

 

 

Trente-sept industriels participent à cette expérience, dont certains parmi les premiers visés par les projets nationaux de plafonnement des émissions : Ford, Rolls-Royce, Bayer, BP, Dupont, Dow Chemicals, Amtrack, International Paper, Electric Steel Corporation, etc. Les énergéticiens comme American Electric Power – l’un des plus importants émetteurs de CO2 des Etats-Unis),  ou Manitoba Hydro n’ont pas voulu manquer, eux non plus, une telle expérience, tout comme la quinzaine de bureaux d’études et organismes financiers qui se sont rapidement inscrits au Chicago Climate Exchange. Nouvelles technologies et piles à combustible sont aussi à l’honneur, avec les entreprises Millenium Cell et EcoEnergetics.

 

 

Les « crédits carbone » sont principalement détenus par 4 sociétés forestières, et le syndicat de fermiers de l’Iowa, eux aussi adhérents du CCX, tout comme le géant des ordures, Waste Management, qui trouve là un moyen de valoriser la captation du biogaz de ses décharges..

 

 

Dès le début de l’expérience, la ville de Chicago a aussi été un partenaire actif du CCX, valorisant ainsi ses propres économies d’énergie, en particulier avec la ville de Mexico, qui émet à elle seule la moitié des gaz à effet de serre de l’ensemble de la Chine…

 

 

De plus, en septembre 2003, l’expérience du Chicago Climate Exchange a été soutenue par le World Resources Institute (WRI),  grand ordonnateur des dernières tendances sur le développement durable mondial.  Le WRI, qui est aussi à l’origine du programme international GHG Protocol (protocole d’échanges volontaires des gaz à effet de serre)  peut ainsi bénéficier d’un nouveau terrain d’essais, en vraie grandeur, pour évaluer le système « cap and trade » d’échanges de permis négociables.

 

 

Des objectifs chiffrés, mais des prix encore flous  

 

 

La base de calcul pour chaque participant au programme est la moyenne des émissions observées entre 1998 et 2001.Chaque participant au programme se voit attribuer une autorisation d’émissions égale à ses objectifs de réduction. Les objectifs de réduction d’émission pour chaque participant sont de 1% en dessous des émissions prévues en 2003, de 2% en dessous des prévisions 2004, de 3% pour 2005 et de 4% pour 2006. Les participants peuvent donc, soit réduire eux-mêmes leurs propres émissions, soit acheter des autorisations d’émissions.

 

 

Par contre, la question du prix de la tonne-équivalent carbone reste encore pour le moins obscure. Si le prix officiel de la mise aux enchères était affiché fin décembre 2003 à 0,92$ en moyenne, il varie de un à quatre selon les participants. De plus, l’extension du « cap and trade » sur une période de 7 ans « d’autorisations à polluer » semble même faire monter l’enchère jusqu’à 100$ la tonne.

 

 

Quoiqu’il en soit, nous sommes bien loin du prix « standard » annoncé par l’UE, qui propulse uniformément la tonne-carbone à 12 € sur un marché encore vierge.

 

 

(Conclusion)

 

 

Le Chicago Climate Exchange reste encore, très clairement, un « prototype » du marché des droits à polluer sur l’effet de serre. Pourtant, son grand intérêt est d’expérimenter, en vraie grandeur, avec des prix contrôlés depuis septembre 2003 par le NASDAQ, un système de permis d’émission entre industriels, collectivités, exploitants agricoles et associations, tout en utilisant au mieux les différentes possibilités de flexibilité avec des pays qui peuvent prétendre aux Mécanismes de Développement Propre » (MDP). 

 

 

Même si les américains ne ratifient pas Kyoto, ils auront ainsi, dans peu de temps, un « marché » prêt à fonctionner. «  It’s simply good business » (« c’est simplement une bonne affaire ») commente Richard Sanders, président du CCX, qui a vu son initiative saluée en novembre 2003 par l’ensemble des sénateurs démocrates, et par le premier Sommet des investisseurs américains sur le risque climatique.

 

 

Un financier visionnaire et pragmatique, qui sait reconnaître les marchés émergents : le Chicago Board of Trade, qu’il a contribué à créer, échange annuellement 130 000 autorisations d’émissions sur le dioxyde de soufre (SO2), pour une valeur moyenne de 175$ le permis, dans le seul Etat du Midwest. Même si le Chicago Climate Exchange paraît encore très « virtuel», son avance opérationnelle le met désormais sous les feux de l’actualité…et sans états d’âme sur l’état de ratification du Protocole des Nations-Unies.

 

 

Encadré

 

 

Le Chicago Climate Exchange à Milan

 

 

Le CCX était naturellement présent à la dernière Conférence des Parties sur le Changement Climatique à Milan.  Affichant clairement leur intention de « servir de modèle international avec une gamme de prix opérationnelle », les responsables du CCX ont présenté les 12 étapes qu’ils jugent nécessaires pour établir un « marché des permis de gaz à effet de serre » :

 

 

1.       définir clairement le concept et les opportunités

 

 

2.       évaluer le marché

 

 

3.       établir les bases communes de travail et les modes opérationnels

 

 

4.       définir les seuils d’émission autorisés, allouer les permis et mettre en place des systèmes techniques de mesure de ces émissions

 

 

5.       contractualiser les règles d’échanges

 

 

6.       développer un « centre informatique d’échanges de permis », opérationnel en temps réel

 

 

7.       intégrer tous les échanges existants ou potentiels, même non valorisés

 

 

8.       Rendre accessible la méthode de « mise aux enchères » des permis

 

 

9.       Diffuser largement une documentation simple, efficace et concrète

 

 

10.    Rechercher une certaine harmonisation avec les autres systèmes d’échanges existants et avec les programmes universitaires de prospective

 

 

11.    Mettre en place très rapidement un mode de « reporting » transparent

 

 

12.    Utiliser toutes les opportunités au niveau international, pour bénéficier des autres mécanismes de flexibilité.

Jean-Marc LEFEVRE

Président de la PCDDEI

Par LEFEVRE - Publié dans : pcddei
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